En guise de préface
Les souvenirs inscrits en nous
Je n'ai jamais songé à revenir sur ce qu'a été mon travail, à en faire l'inventaire. Parce qu'il me semblait qu'en classant les choses et en faisant le bilan on quittait le terrain.
C'est pourquoi je ne cherche pas à garder en mémoire ce que j'ai fait. Ou plutôt je crois qu'il vaut mieux oublier, et, parfois, il m'arrive même de m'y efforcer. "Quand je remets les compteurs à zéro, le projet suivant se passe bien" : pour moi, c'est une formule consacrée. Dans quelles circonstances en suis-je venu à raisonner ainsi ? À vrai dire, même cela est flou, mais il est possible qu'il y ait un lien avec le fait qu'à l'université je lisais les poèmes de Kenji Miyazawa (1896-1933) et que j'étais influencé par Shûji Terayama (1935-1983). Voilà ce que j'ai appris d'eux, à ma façon : ce qui est fini est fini ; ce qui compte, c'est l'instant présent. L'important, c'est maintenant, l'immédiat. Le passé n'a plus d'intérêt. Avec Hayao Miyazaki - Miya, comme je l'appelle -, voilà une trentaine d'années que nous nous parlons presque quotidiennement, mais nous n'avons jamais discuté du passé. Nous parlons toujours de maintenant. Nos conversations portent sur ce que nous devons faire maintenant, et aussi sur ce que nous ferons dans un an. Rien qu'avec ça, nous avons une multitude de choses à nous dire. Miya est un spécialiste de l'oubli. Et je crois que son secret de fabrication des films est lié à ça. Quand on a autant d'oeuvres à son actif, normalement, on se base dessus pour le prochain projet, n'est-ce pas ? On mise sur sa technique et son savoir-faire, on les creuse, c'est vers cela qu'on se tourne en premier. Mais Miya, non. Sa façon de relever le défi est celle d'un réalisateur débutant. C'est son originalité en tant qu'artiste, mais c'est peut-être aussi parce qu'il ne se souvient pas de ce qu'il a produit.
L'écrivain Junnosuke Yoshiyuki (1923-1994) a dit quelque chose dans ce genre, me semble-t-il : "Les souvenirs que nous oublions ne valent pas grand-chose." C'est-à-dire qu'il existe deux types de souvenirs, ceux qui s'inscrivent en nous et ceux que nous oublions. Ce qui nous échappe, sans l'aide de notes ou d'un journal, est bon à oublier. Cette citation de Yoshiyuki aussi, je n'en ai qu'un vague souvenir, mais l'important, je crois, c'est que je l'ai intégrée sans m'en rendre compte.
Pour le producteur, se rappeler les slogans publicitaires créés, les conditions prévues dans le contrat, les précédents, tous ces points sont importants. Mais ce genre de choses, on peut les oublier d'ordinaire. En cas de besoin, on s'adresse à quelqu'un. Ou on consulte les documents de l'époque. Comme ça, ce qui vaut la peine nous revient.
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