Réédition d'un ouvrage paru il y a deux ans et rapidement épuisé, voici qu'il ressort amélioré chez un autre éditeur. La précédente édition était déjà remarquable, la nouvelle est carrément indispensable. Relookée d'une nouvelle iconographie plus gothique, de nouveaux entretiens toujours appréciables, d'une préface anecdotique d'un des plus illustres scénaristes de la Hammer que l'auteur a le bon gout de retranscrire avec le texte original en anglais, c'est surtout l'ajout de plusieurs pages de très belles photos couleurs, qui faisaient défaut auparavant, qui rend ce livre définitivement indispensable. Et puis il y a le texte. Délicieusement nostalgique, un peu romancé sans être un défaut, écrit par un passionné qui comme moi est tombé sous l'emprise du plaisir coupable (le plaisir pur du cinéphile, immortalisé par Martin Scorsese) à la vision de ce genre de films, nous racontant comment ils ont donné naissance à une nouvelle cinéphilie en France. On l'aura compris, « le premier livre français sur la Hammer » est bien plus une histoire de cinéphilie qu'un historique sur la firme anglaise, dont seuls les films « gothiques » sont pris en compte. Exit donc les films préhistoriques, d'aventures, thrillers... ou alors ils sont à peine évoqués dans les entretiens. Dommage, mais pas dommageable. Le parti pris de l'auteur de prendre la Hammer sous un angle inédit, fait que cette dernière catégorie de films ne peut entrer dans le contexte historique. C'est bien Frankenstein, Dracula, la momie et autre loup-garou qui ont fascinés (et qui fascinent toujours) un petit nombre de futurs critiques que la critique intellectuelle ignorait (bien plus qu'elle méprisait), évoluant dans des décors de studio éclairés à la couleur chaude, rouge sang (d'où l'intérêt d'avoir à présent dans l'ouvrage, des pages en couleurs). Des films qui, pour certains d'autre eux, sont à présent considérés comme des chefs-d'aeuvre. L'ouvrage est divisé en deux parties : une historique et l'autre faisant intervenir les créateurs et les suiveurs de cette cinéphilie sous forme de longs entretiens. Tout est passionnant et on peut le lire dans le désordre. Une fois lu on a envie de relire aussitôt. C'est une leçon de cinéphilie, pour l'érudit comme pour le néophyte. Pour ce dernier, ce livre est une parfaite entrée en matière. Une sorte de manuel de la cinéphilie. A posséder impérativement dans sa bibliothèque aux cotés de 50 ans de cinéma américain de Bertrand Tavernier et les Classiques du cinéma bis de Laurent Aknin.