Réalisé en 2008, Dans mes yeux de Bastien Vivès est, paraît-il, la première BD «POV» (Point Of View). Autrement appelée «caméra subjective», cette technique à l'origine cinématographique consiste à représenter la vision subjective d'un personnage, la caméra se substituant en quelque sorte à l'oeil humain.
L'emploi de ce procédé témoigne encore une fois, outre son talent indéniable, de la volonté exploratrice de cet auteur prolifique. Le jeune dessinateur peine cependant à proposer un récit à la hauteur de sa virtuosité graphique. Comme piégé par le dispositif, plus contraignant que libérateur, le fond ne parvient pas à rejoindre la forme dans son audacité.
Car l'histoire mille fois lue et relue d'un amour post-adolescent entre bobos parisiens peine sinon à convaincre, du moins à séduire. Trivialité réaliste certes, mais un brin nauséabonde. L'on pourrait alors penser que l'auteur s'est satisfait dans une certaine facilité au regard du fond, bien que l'objet - la jeune génération d'aujourd'hui - reflète parfaitement ses aires de préoccupations (voir Amitiés étroites, Le goût du chlore, Polina, etc.).
Fort heureusement, les choix formels présentent un tout autre intérêt et constituent la principale - si ce n'est la seule- lueur dans cette oeuvre contemporaine. A travers l'utilisation du doux crayon de couleur, l'absence de cases, les nuances apportées dans le procédé de représentation de la vue subjective, Vivès élargit sa palette graphique et narrative, et nous montre l'étendue de sa polyvalence.
En ressort une douceur toute banale émanant d'un auteur décomplexé dont l'acuité graphique cavale seule, au premier plan d'un fond d'une vacuité dans l'air du temps.