Ce recueil regroupe les épisodes "Daredevil (vol.2)" #1 à 8, ainsi que l'épisode 1/2. ç'aurait pu être une réédition économique de la version deluxe publiée en 2008 par Panini Comics (
Daredevil, Tome 1 : Sous l'aile du diable), mais ce n'est pas le cas. En effet, l'ancienne version deluxe était particulièrement volumineuse, surtout qu'elle contenait également les épisodes 9 à 15, signés David Mack !
L'album est publié ici avec couverture souple et format comics traditionnel, sans aucun bonus.
Alors que Karen Page, le grand amour de Matt Murdock, vient de le quitter, une jeune fille en détresse lui confie un petit bébé qu'elle aurait conçu en restant vierge, avant qu'un homme prétendant être un envoyé de Dieu ne lui révèle que l'enfant est l'antéchrist réincarné ! Notre héros ne va pas tarder à voir sa vie basculer sur tous les fronts, attestant d'une malédiction bien réelle... Est-ce vraiment la fin du monde ? Daredevil a-t-il été choisi pour un plan d'origine démoniaque ? Et surtout, comme elle le prétend, la jeune fille a-t-elle réellement découvert la double identité du justicier en rencontrant une ange ?
Si vous aimez le
Daredevil de Frank Miller, et en particulier "
Born Again", alors vous ne devez pas rater cet album.
A la fois dans la lignée de Miller (le scénariste suivant, David Mack, ne s'y trompera pas, incluant un tag sur les murs de "Hell's Kitchen" : "Frank was here, Kevin was here, David is here !!!"), mais aussi tout à fait distinctif (point d'Elektra ni de trucs japonisants), le passage de Kevin Smith sur la série restera finalement comme un des préférés des fans après celui du créateur de
Sin City...
C'est que Smith a su donner la bonne "voix" à sa saga, dans une alchimie parfaite entre le côté adulte des comics d'aujourd'hui et la source enfantine de jadis. Oui, c'est vraiment ce que j'ai adoré le plus dans ces épisodes : l'équilibre entre le traitement mature et les souvenirs de notre enfance. Ça, c'est ce que j'appelle de la relecture brillante ! A ranger à côté des œuvres de
Jeff Loeb & Tim Sale, même s'il ne s'agit pas exactement du même concept, car il y a le même équilibre entre naïveté enfantine et mise en forme moderne et adulte.
La valeur de ces huit épisodes tient essentiellement au niveau du travail dans le rapport entre le Fond et la Forme, aussi bien dans le domaine narratif que pictural. Smith nous livre un scénario d'une sophistication telle qu'il est rare d'en voir dans le domaine des comics mainstream, alors qu'il en était à son premier essai en termes d'écriture scénaristique au sein de ce médium ! Dans la Forme, il construit un récit maitrisé de bout en bout au suspense haletant et au rythme implacable, le tout noyé sous une avalanche de texte et de dialogues brillants, qui malgré leur densité passent comme une lettre à la poste. Et même si le dénouement retombe un peu dans une trame plus classique, l'ensemble exhale un très fort parfum de renouveau. Dans le Fond, il intègre dans le récit ses thématiques obsessionnelles, que l'on peut retrouver dans ses films (
Dogma par exemple), notamment la question de la religion et de la Foi. Alors qu'il aurait pu plomber son scénario avec un tel parti-pris, il parvient au contraire, tout en finesse, à intégrer cette dimension à la mythologie du personnage de Daredevil de manière parfaite. Puis il parsème son intrigue de citations diverses (pour cela, voir l'excellent commentaire de l'ami Presence...). Ensuite, il incorpore certaines composantes du monde du cinéma, notamment à travers le métier des trucages et des effets spéciaux, avec toute la dimension féérique qui, très probablement, à inspiré les tout premiers créateurs de comics. Mais surtout, comme dit plus haut, c'est dans la manière dont il cite les références issues du run de Frank Miller (et dans une moindre mesure de celui d'Ann Nocenti) qu'il parvient à donner de l'épaisseur à son récit, qui culmine à un niveau de densité vraiment optimal. Ce faisant, il parvient à imprégner la série d'une marque indélébile. Après son passage, plus rien ne sera jamais pareil...
Côté graphique, le niveau de sophistication est au diapason. Joe Quesada (qui livrera quelques temps plus tard le superbe "
Daredevil : Father") nous offre un découpage et une mise en scène vraiment impressionnants. Sa virtuosité s'impose à tous les niveaux : Décors, richesse des détails, points de vue, mouvement des corps, expressions, tout est travaillé à l'extrême. Son style peut parfois flirter avec le manga, mais il préserve l'atmosphère voulue. Le découpage de chaque planche, conçu comme un tableau à plusieurs facettes, est une merveille de variété et d'inventivité, contrebalançant parfaitement le haut niveau de texte fourni par le scénariste. Il agrémente ses compositions d'un tas d'ornements (cadres, volutes, enluminures, mosaïques) aussi décoratifs que riches de sens, qui viennent étoffer le fil narratif. Par ailleurs, son travail est parfaitement complété par l'encrage de Jimmy Palmiotti et la mise en couleur de toute une armée de collaborateurs. Pour ma part, je ne me souviens pas d'avoir contemplé beaucoup de comics d'un tel niveau, où la sophistication de la mise en forme côtoie la densité de la toile de fond.
Ce recueil regroupe les épisodes #1 à 8 de la série "Daredevil Marvel Knights", réalisés entre 1998 et 1999. C'est certainement l'un des grands moments de l'histoire de la Marvel.
Il faut préciser, cependant, que la densité scénaristique, avec toutes les références puisées ça et là dans les anciennes aventures de Daredevil, destinent essentiellement ces épisodes au lecteur déjà bien familier du personnage et de son histoire éditoriale. Néanmoins, Kevin Smith a réalisé un épisode nommé "numéro 1/2" (ici présent) sous forme de texte illustré, qui vient justement récapituler toute cette histoire... A noter que le scénariste flirte beaucoup avec l'univers de Spiderman, qu'il visitera quelques temps plus tard par le biais de la mini-série
Spiderman : L'enfer de la violence...