Ce recueil, qui aurait pu s'intituler simplement "Dark reign", regroupe deux sagas parmi les plus "importantes" de la période concernée (2009) de la continuité de l'univers Marvel. Soit le début de la série "Dark Avengers" et le crossover "Utopia".
La première partie de ce volume est ainsi occupée par les épisodes "Dark Avengers" #1 à 6. La seconde contient les épisodes #7 à 8, publiés en alternance avec les épisodes "Uncanny X-men" #513 et 514 et encadrés par deux numéros spéciaux. Il s'agit donc du crossover nommé "Utopia".
Dark Avengers :
A la suite des événements relatés dans
Secret Invasion, Tony Stark/Iron man a été déchu de ses fonctions à la tête des super-héros américains et le S.H.I.E.L.D a été démantelé. Norman Osborn, ancien "bouffon vert" et directeur des "Thunderbolts", a été promu chef de la totale après avoir achevé la reine des "Skrulls" au terme de la fameuse "invasion secrète" ! Il y a donc un super-vilain qui dirige l'essentiel du système de défense américain !
Il appartient ainsi à Osborn de nommer les nouveaux "héros" qui vont défendre le pays et de réinitialiser le groupe des "Vengeurs", qu'il va composer à partir des pires super-vilains de la création, auxquels vont se joindre deux des anciens membres de l'équipe officielle parmi les moins recommandables !
Parallèlement à ces sombres changements, Osborn va convoquer la "Cabale", composée des plus puissants "méchants" de la planète, afin de tisser des liens sur le long terme...
La principale qualité de ce nouveau concept réside évidemment dans ce regroupement de méchants : C'est purement jouissif. Et c'est une excellente idée que d'avoir choisi certains vilains se faisant passer pour les super-héros les plus emblématiques. Qui plus est, l'association "Bullseye"/"Dark Wolverine"/"Venom" (respectivement "Oeil de faucon"/"Wolverine"/"Spiderman" !), dont les caractères de psychopathes promettent les échauffourées à la hauteur de leur folie meurtrière, vaut son pesant de cacahuètes !
Puisque le projet 2009 de Marvel consiste à l'avènement d'un "règne sombre", il s'agit donc de créer une série spéciale focalisée sur les vilains. Du coup, ça fonctionne tellement bien, ces personnages retords sont si immédiatement charismatiques, que l'on s'étonne qu'il n'y ait pas davantage de séries dans la même veine. Certes, on peut déjà suivre celle des "Thunderbolts" depuis maintenant plus de vingt ans, mais "Dark Avengers" est aux méchants ce que les "New Avengers" sont aux gentils : le top du top en terme de vilains !
Une autre qualité que l'on peut relever dans les présents épisodes, c'est celle des dialogues. Le scénariste Brian M. Bendis, spécialiste en la matière, nous en a concoctés de biens savoureux, notamment à travers le personnage d'Osborn, épatant de machiavélisme et de mauvaise foi !
Mais il y a également moult défauts : Le scénario n'est qu'un prétexte à dérouler le background.
L'idée de développer une série mainstream totalement décomplexée comporte son lot de solutions inopportunes : Le voyage dans le côté obscur de l'âme humaine à coup de dialogues virtuoses, ça fonctionne à plein régime dans un trip réaliste à la
Thunderbolts Ultimate Collection de Warren Ellis, beaucoup moins sur un scénario plus léger qui nous ramène gratuitement "Morgane la fée" depuis le moyen âge... Les dinosaures et autres dragons, c'est très bien dans une série steampunk à la
Shanna, mais ça décrédibilise toute implication viscérale se voulant "dark" lorsque les "Vengeurs noirs" interviennent en Latvérie...
Le dessin de Mike Deodato est une fois encore largement au dessus de la moyenne. Et il faut bien avouer que son sens du cadre et du découpage tire largement le récit vers le haut. Son "Osborn" qui ressemble à Tommy Lee Jones remporte également les suffrages. J'ai par contre été plutôt refroidi par la plastique hypertrophiée de ses bonhommes à la Schwarzenegger et de ses femmes à la Pamela Anderson... Là encore, nous ne sommes pas au niveau immersif des "Thunderbolts" d'Ellis (du même Deodato).
Utopia :
Après des années de crossovers et d'events obligeant toutes les séries à s'y connecter, rendant la lecture des unes obligatoires aux autres, Marvel amène une nouvelle idée : celle de la "Période". Il n'y a donc plus de "mini-série-event" servant de crossover, mais une toile de fond reliant naturellement toutes les séries entre elles. A l'intérieur de ce background, on se permet quand même la possibilité de créer quelques crossovers à cheval sur deux ou plusieurs séries. C'est le cas de cet "Utopia", pensé pour opposer les "Dark Avengers" aux "X-men", et créer en tout opportunisme un groupe de "Dark X-men" !
Le résultat n'est vraiment pas convaincant, tant le scénario, réservé aux inconditionnels de la continuité du Marvelverse en général et de ses mutants en particulier en nécessite la maîtrise. Le néophyte trouvera l'ensemble complètement abscond, puisqu'en plus le scénariste Matt fraction y va fort d'ellipses et de narration déconstruite, quand il ne hache pas carrément les scènes principales. Le moins que l'on puisse dire, c'est que ces six épisodes sont particulièrement indigestes !
Il y manque également les épisodes "Dark X-men" et "X-men Legacy" qui étaient ajoutés dans l'édition américaine (
Avengers /X-men: Utopia).
C'est dommage car il y avait pour le coup un script très intéressant axé autour des répercutions médiatiques soulevées par les manipulations d'Osborn, qui va se rendre compte qu'il s'oppose à plus forte partie qu'il ne le pensait en considérant "Cyclope", le chef des mutants, comme un simple jeune leader impressionnable...
Pas moins de quatre dessinateurs se succèdent au long de ces six épisodes, tous dans une forme très relative (Mark Silvestri n'a jamais été aussi mauvais, quand Luke Ross essaie vainement d'imiter Mike Deodato). La conclusion, qui voit une planche et demie réalisée en alternance par Terry Dodson et Mike Deodato, frôle le foutage de gueule dans la mesure où le style des deux dessinateurs n'a absolument aucun rapport !
A l'arrivée, Utopia se révèle comme un crossover basé sur d'excellentes idées de départ mais torchées, pour un résultat extrêmement bordélique, dénué d'implication émotionnelle, bourré d'incohérences et d'ellipses flagrantes, enrobé d'une succession de dessins très inégaux. Heureusement, le combat final opposant les mutants aux "Dark Avengers" réussit à titiller la fibre geek cachée au fond du lecteur le plus austère.
En conclusion, l'ensemble des épisodes regroupés dans ce recueil demeure séduisant dans sa manière de faire briller les méchants les plus "excitants" de l'univers Marvel. Pour le reste, il ne s'agit que de mainstream événementiel commercial, parfois bien emballé, souvent assez superficiel.