La sortie de cet album avait été refusée par la major Emi en 2009 en raison d'un désaccord avec Brian Burton (alias Danger Mouse de Gnarls Barkley, Gorillaz et Broken Bells), l'un des trois protagonistes de ce projet 'Dark night of the soul' (avec Mark Linkous alias Sparklehorse et le cinéaste David Lynch chargé des visuels). Après avoir été disponible via Internet (et diffusé à l'époque par de bonnes radios ou émissions) avec la possibilité d'acheter un livre luxueux (composé de photos de David Lynch) comportant un CD vierge pour graver l'album à télécharger gratuitement, le voici donc disponible physiquement aujourd'hui !
Les décès de Mark Linkous le 6 mars 2010, et de Vic Chesnutt, présent sur un morceau, le 25 décembre 2009, auraient-ils incité Emi à passer outre ce différend ou à chercher à le régler ? On sait les conséquences du décès de Michael Jackson sur la vente de ses albums. Le cynisme de ces grandes firmes n'ayant d'égal que leur soif de profit, on est en droit de le supposer.
Mais ne boudons pas notre plaisir. Car il s'agit d'un très bon album. Il est composé de treize morceaux, treize chansons en l'occurrence, interprétées par des chanteur(se)s différent(e)s. Seuls deux artistes en chantent deux chacun.
Mark Linkous s'est chargé de la composition et Danger Mouse des arrangements, notamment électroniques.
Sont présents au chant (les liens mentionnés ici subjectivement renvoient à de grands albums, c'est l'occasion avec une telle réunion de talents !) :
-
Mark Linkous,
- David Lynch, sur deux morceaux,
-
Vic Chesnutt,
- Wayne Coyne, de
The flaming Lips,
- Jason Lytle, ex-
Grandaddy, sur deux morceaux,
- Julian Casablancas, de
The Strokes,
- Gruff Rhys, de Super fury Animal et Neon neon,
- James Mercer, de
The Shins, et de Broken Bells (avec Danger Mouse),
- Black Francis, ou Frank Black, ex-
Pixies,
- Iggy Pop qu'on ne présente pas,
- Suzanne Vega idem,
- Nina Persson, ex-The Cardigans, aussi connue en solo sous le pseudo A Camp.
L'album débute par le magnifique 'Revenge', rêveur et mélancolique, interprété par Wayne Coyne. Ce début d'album enchaîne ensuite deux autres beaux morceaux dans la même veine onirique, avec Gruff Rhys puis Jason Lytle.
Une accélération intervient à partir de la plage 4 avec un 'Little girl' très pop par Julian Casablancas. Puis la tendance s'amplifie avec deux morceaux très rock, par Black Francis puis Iggy Pop. Je les trouve moins intéressants, surtout le premier, trop lourd à mon goût.
Le calme revient avec un morceau potentiellement beau mais malheureusement quelque peu desservi par la présence de David Lynch (on sait depuis
BlueBob que David Lynch est plus doué comme
cinéaste que comme chanteur..., mais il se rattrapera plage 13).
Heureusement, arrive plage 8 le magnifique 'Everytime I'm with you' avec Jason Lytle pour la seconde fois. Et, après 'Revenge' en début d'album, on constate que les mélanges The flaming Lips-Sparklehorse et ici Grandaddy-Sparklehorse font merveille. On aurait pu s'en douter.
Suivent James Mercer, Mark Linkous avec Nina Persson, pour deux chansons un peu décevantes mais plaisantes. Suit Suzanne Vega pour un morceau relativement mineur.
La fin de l'album retrouve l'excellence avec Vic Chesnutt sur le désolé 'Grim augury' puis surtout, et à nouveau, David Lynch sur le magnifiquement sombre et caverneux 'Dark night of the soul'.
L'album alterne les styles (pop, rock, folk, voire blues, avec des touches électro), et intègre de jolies mélodies. Cohabitent comme par magie climat souvent sombre et atmosphères lumineuses. Il ressemblerait presque à un cinquième opus de Sparklehorse si n'étaient tous ces invités.
Et, ce qui est rarement le cas dans ce type de projet, les invités ne sont pas là en dilettante : on les sent investis, sans pour autant tirer la couverture à eux. Les morceaux semblent d'ailleurs avoir été écris spécifiquement pour chacun d'eux. Une attention réciproque donc.
Ces ambiances et voix différentes s'enchaînent harmonieusement. Et ce qui aurait pu n'être qu'un projet décousu voire anecdotique se révèle être un cohérent et très bel album de pop-rock dans la meilleure acception du terme : une musique exigente, de qualité, et facilement accessible.
Excellent : 1, 8, 13
Très bon : 2, 3, 4, 12
Bon : 9, 10
Assez bon : 5, 6, 7, 11
Sans intérêt : -
À éviter : -
Enfin, au sujet de la "nuit sombre de l'âme", sachez que «
La nuit obscure décrit une expérience spirituelle d'inspiration chrétienne selon laquelle l'âme humaine serait investie par Dieu pour la purger de ses défauts et l'enrichir de grâces en vue d'un mariage mystique. Jean de la Croix [...] distingue deux nuits : celle des sens et celle de l'esprit. » (Wikipédia)
Un film de Carlos Saura ('La noche oscura' - 'La nuit obscure' apparemment non édité en DVD en France) et une chorégraphie de Maurice Béjart portant le même titre s'inspirent de ce sujet.
Mais j'ignore si le titre de l'album dont est l'objet ce commentaire fait référence à cet aspect religieux.
(Commentaire de Krik, posté sur amazon.fr le 24/07/10)