Les fans ont eu une sacrée frayeur, en apprenant le départ de Tarja Turunen. Beaucoup ont pensé que Tarja était Nightwish, un peu comme Freddy Mercury avec Queen ; mais rien n'était plus faux. La preuve en est, Tuomas Holopainen s'est saigné à blanc pour réaliser un album exceptionnel, égalant, si ce n’est surpassant le magnifique Once.
The Poet and The Pendulum est une chanson magnifique, de 14 min, où Tuomas se livre totalement, écrivant les paroles les plus répugnantes et les plus personnelles de sa carrière. Composée de 4 parties, elle est encore plus majestueuse que Ghost Love Score ; le temps et l'argent passés pour les parties orchestrales à Abbey Road n'ont pas été vains : Anette chante, épaulée de Marco ainsi que d'un garçon soprano à la voix d'une pureté étonnante. Suit Bye Bye Beautiful, adieu sincère et sans détour à Tarja qui n'a pas su réaliser que Nightwish n'était pas qu'un "passe temps" pour elle ; ce sont les paroles les plus directes jamais écrites par Tuomas, sur un fond très accrocheur, le morceau jumeau de Wish I had an Angel. Amaranth est le second single, une chanson mid tempo sympathique, la plus joyeuse de l'album, qui n'aurait été qu'une face B sans la voix d'Anette, qui la transcende littéralement ; un titre à rapprocher de Nemo. Cadence of her last breath sonne un peu américain à mon goût, on dirait presque du What have you Done de Within Temptation.
Master Passion Greed est l'autre grosse claque personnelle de Tuomas, puisque dans ce titre il règle ses comptes avec Marcelo, le manager et mari de Tarja, qu'il décrit comme avide, cupide, et qui est en grosse partie responsable de l'éviction de Tarja par les autres membres du groupe. Ici Marco chante en solo une piste heavy, avec des riffs lourds, très sombre, une des meilleures pistes de l'album. Suit Eva, le single "qui n'en est pas un", sorti sur Internet uniquement, une ballade planplan qui n'était là que pour révéler la voix d'Anette Olzon au public. Sahara est une piste assez commune bien qu'intéressante, dont le thème est l'Egypte ; sur Whoever Brings the Night, Anette chante bien plus bas que d'habitude, une performance qu'elle réussit parfaitement, sur ce titre relativement court mais efficace.
La ballade For the Heart I once Had est un très joli titre, qui surprend d'entrée de jeu avec la voix d'Anette, qui sait décidément chanter dans plusieurs registres (le seul qu'elle ne pratiquera jamais étant le lyrique, on peut dire bye bye aux reprises live de The Phantom of the Opera). Islander laisse la part belle à Marco ; ce type est tout simplement génial, une voix qui peut monter haut (écoutez donc Reach, la démo d'Amaranth, avant qu'ils ne trouvent une chanteuse, il est étonnant), être très folk (the Islander est un bon exemple) ou bien heavy (Master Passion Greed) ; il réussit dans tous les tons et notamment sur ce morceau à la guitare, qu'il a composé lui-même.
Last of the Wilds est une instrumentale qui révèle les envies très celtiques du groupe, exploitées pleinement dans 7 Days to the Wolves, ou Anette et Marco se complètent aussi bien que Tarja et lui le faisaient. A noter la reprise finale, avec les violes irlandaises, un vrai moment de pur plaisir. Meadows of Heaven clôt très agréablement l'album, sur une note de nostalgie, d'innocence.
Avec ce sixième album, Nightwish confirme qu'une chanteuse n'est pas un groupe ; que le plaisir de faire de la musique ensemble vaudra toujours plus que la cupidité d'une chanteuse qui n'a pas su voir où était son intérêt, et surtout, que personne n'est irremplaçable. Anette Olzon a une voix différente, un style bien à elle, plus rock et moins lyrique que Tarja, que ce soit dans la voix, dans l'attitude ou dans les vêtements (on peut dire adieu aux grandes robes etc, l'époque Tarja est bien finie). On attendait un peu le groupe au tournant, mais de mon point de vue, ils ont réussi à continuer ce qu'ils aimaient faire, avec toujours autant de talent, d'originalité et de classe.