Disons le tout de go, si toute la carrière de Testament avait présenté le niveau de qualité de ce Dark Roots of Earth, c'est avec une frénétique anticipation que leur (déjà) dixième album aurait été attendu. Au lieu de ça, pas tout à fait anonyme mais presque, il n'a encore attiré que de trop rares louanges.
Pas qu'on y retrouve tout à fait ce thrash metal racé et technique, dont les nombreuses et mélodiques interventions guitaristiques étaient l'indéniable sommet. En 2012, Testament ne produit donc pas un album qui rivalisera avec le toujours indétrôné
The Legacy. A l'impossible nul n'est tenu et, en l'occurrence, ayant recouvré un mordant mélodique et une production digne de ce nom (ce qui n'avait plus été le cas depuis longtemps) et l'énoooorme Gene Hoglan, venu faire la pige derrière les futs avant de reprendre son petit bonhomme de chemin tel le Cozy Powell moderne qu'il a fini par devenir (c'est un compliment !), Testament parvient à réaliser son album le plus concluant depuis
Low (1994). Evidemment, ceux qui s'attendent à du déboulé furieux, pied au plancher de la première à la dernière note en seront pour leurs frais, comme à leur habitude, les californiens ne rechignent pas à ralentir notablement le tempo infusant ainsi leur bay area thrash metal d'une bonne dose de heavy parfois pas sans rappeler Armored Saint jusque dans le chant mélodique médium de Chuck Billy, presque meilleur dans ce registre que dans les vindictes incantatoires où le poids des ans et les récurrents problèmes de cordes vocales du frontman se font parfois sentir.
Evidemment, il est impossible de parler de Testament sans évoquer sa paire reconstituée de guitaristes qui certes, l'était déjà sur le précédent opus du groupe (le très dispensable
The Formation of Damnation de 2008), mais qui, cette fois, délivre le genre de performance qu'on attend d'eux : puissante, technique, d'une belle efficacité même sur les morceaux relativement moins convaincants. Impec', quoi ! Et puisqu'on en est à évoquer la tracklist et sa qualité, laissez-moi vous dire que la longue attente n'est aucunement déçue et qu'on tient, en l'espèce, un très beau catalogue des capacités d'une formation allant de tempi plutôt lents (le chanson titre, Cold Embrace,...) à d'agressif tirs de barrage (Rise Up, True American Hate) et couvrant tout le spectre séparant ces deux extrêmes sans omettre, ce qui pourra déplaire à certains, queques « aggrometalleries » groovantes mais aussi, délice !, quelques clins d'yeux à quelques grands du heavy metal (sans en dire plus pour ne pas gâcher la surprise). Et on apprécie à leur juste valeur les bonus audio de l'édition deluxe et plus particulièrement l'efficace et bien troussée version du Powerslave d'Iron Maiden où Chuck s'en sort plutôt bien en détournant les inaccessibles (pour lui) parties vocales de Dickinson.
Sans doute ce Dark Roots of Earth n'est-il pas l'album thrash de 2012 - Hexen, Overkill et quelques autres paraissent de plus aptes prétendants au titre - c'est en tout cas une réussite aussi inattendue que bienvenue et une preuve de plus (après les fracassants retours en forme d'Anthrax ou d'Overkill ces dernières années) que les vieux guerriers ne meurent jamais vraiment jamais. Ha, une dernière précision, pour atteindre sa pleine et entière efficacité, ce genre d'album s'écoute fort, c'est comme ça et pas autrement. Et si c'est trop fort, c'est que vous êtes trop vieux, na !
Personnel:
- Chuck Billy: chant
- Alex Skolnick: guitare
- Eric Peterson: guitare
- Greg Christian: basse
- Gene Hoglan: batterie, percussions
Tracklist:
1. Rise Up 4:18
2. Native Blood 5:21
3. Dark Roots of Earth 5:45
4. True American Hate 5:26
5. A Day in the Death 5:38
6. Cold Embrace 7:45
7. Man Kills Mankind 5:05
8. Throne of Thorns 7:04
9. Last Stand for Independence 4:42
Bonus audio sur l'édition deluxe:
10. Dragon Attack (Queen cover) 4:44
11. Animal Magnetism (Scorpions cover) 5:56
12. Powerslave (Iron Maiden cover) 6:51
13. Throne of Thorns (extended version) 7:41