Comme beaucoup de gens, j'avais lu une édition abrégée de David Copperfield étant enfant et avait été fortement marqué par le dressage puis l'abandon du jeune David par son terrible beau-père Mr Murdstone. La lecture de l'intégrale du roman relativise fortement l'image que l'on peut conserver de ce roman de 1850 comme peinture définitive de l'enfance abandonnée. Fortement autobiographique, l'ouvrage est en fait un presque parfait roman d'apprentissage - où il s'agira, comme c'est la règle en la matière, de trouver métier et épouse à son goût. Passée en effet une première partie consacrée aux malheurs de l'enfant David, les 3/4 de l'oeuvre traitent du jeune puis du mûr Copperfield. Celui-ci se fottera aux métiers juridiques avant de se faire journaliste puis de trouver sa voie comme écrivain (tout comme Dickens) ; il sera amoureux d'Emily, fille sauvage, fille perdue, puis de la femme-enfant Dora, puis de la soeur de coeur Agnès. Bref, il trouvera sa voie au prix des détours qui font tout le sel de la vie.
Le plus étonnant à la lecture de Copperfield est la subtilité et la complexité des intrigues qui s'y croisent, cette alternance étonnante de scènes comiques et de scènes dramatiques, d'épisodes inspirés du roman feuilleton et de scènes à l'eau de rose, de noeuds qui annoncent déjà le thriller et de mouvements issus de Jane Austen et du romantisme. Il y a bien sûr d'irrésistibles types comiques dont le meilleur est sans contexte le perpétuellement surendetté épistolier Micawber et une galerie étonnante de méchants hommes et femmes - dont le plus marquant n'est pas Murdstone, comme on pourrait le penser, mais pourrait être l'obséquieux escroc Uriah Heep ou la virago Ms Dartle. Il y a en fait dans Copperfield tout le monde dickensien, mais ici dépeint avec une sincérité personnelle bouleversante. On peut d'ailleurs lire le roman à l'aune de la biographie : Micawber ne peut qu'évoquer le père de Dickens, lui-même emprisonné pour dette; le déchirement provoqué par le mariage raté avec Dora ne peut que s'inspirer du divorce tardif de Dickens avec l'épouse qui lui avait donné dix enfants. Copperfield peut donc aussi bien être apprécié en tant que classique du livre d'enfance que comme modèle pour les passionnés d'auto-fiction et de confessions ; et il réjouira naturellement les amateurs des romans classiques du XIXè.
Bref, chaque amateur de littérature pourra trouver dans ce roman étonnant et énorme de quoi le satisfaire.