David Crosby


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Biographie

David Crosby paraît plus à son aise quand il élève par la grâce de sa voix unique la tonalité d'un morceau amorcé par un autre, lorsqu'il entraîne un refrain vers des hauteurs insoupçonnées, par la magie d'une tierce ou d'une quinte, en une harmonie vocale parfaite. Harmonie marquant ses premiers enregistrements avec les Byrds, puis ceux avec Graham Nash, Stephen Stills et Neil Young au sein de CSNY : trois voix à l'unisson sur une musique neuve (le folk-rock, qui électrise les chansons traditionnelles américaines). Le succès mondial est immédiat.

Indispensable à l'équilibre d'un groupe, et ... Lire la suite

David Crosby paraît plus à son aise quand il élève par la grâce de sa voix unique la tonalité d'un morceau amorcé par un autre, lorsqu'il entraîne un refrain vers des hauteurs insoupçonnées, par la magie d'une tierce ou d'une quinte, en une harmonie vocale parfaite. Harmonie marquant ses premiers enregistrements avec les Byrds, puis ceux avec Graham Nash, Stephen Stills et Neil Young au sein de CSNY : trois voix à l'unisson sur une musique neuve (le folk-rock, qui électrise les chansons traditionnelles américaines). Le succès mondial est immédiat.

Indispensable à l'équilibre d'un groupe, et néanmoins premier fusible quand les querelles éclatent, il ne connaît pas la carrière solo d'un Neil Young ou même d'un Stephen Stills, éternels compagnons de route, alors que l'homme a beaucoup d'atouts en main : fin guitariste (son légendaire jeu de picking), il sait composer des musiques novatrices (jazzy, psychédéliques, éthérées) portées par des textes très en phase avec les idées de l'époque: «Triad » qui illustre la liberté sexuelle hippie, ou « Long Time Gone » qui évoque l'assassinat par Sirhan Sirhan le 6 juin 68 de Robert Kennedy. A l'écoute de merveilles comme le dénudé «The Lee Shore » (écrit comme beaucoup d'autres de ses chansons sur son voilier), extrait de l'album en concert de CSN&Y 4 Way Street, ou de l'électrique « Almost Cut My Hair », on regrette le peu de productions personnelles avant de se consoler à la lecture de toutes les contributions de l'artiste aux albums de ses pairs : les disques solos des membres de CSN&Y bien sûr mais aussi des participations remarquées aux projets de Buffalo Springfield, de Jefferson Airplane, de Jackson Browne, de Joni Mitchell, d'Art Garfunkel, de Carole King... jusqu'à Bob Dylan et même Phil Collins.

Fils du cinéaste Floyd Crosby, David quitte début soixante sa Californie natale pour le Greenwich Village de New York, haut lieu du renouveau folk américain (Bob Dylan y fourbit ses premières armes) et terre d'accueil de tout ce que l'Amérique connait alors d'artistes, qu'ils soient chanteurs, écrivains, peintres ou poètes, prémisse du mouvement beat et avant-garde de la vague hippie.

Le jeune homme se produit sur les scènes du quartier avec ses groupes d'alors (les Baxter's Balladeers entre autres, avec son frère Chip Crosby (*)), part sur la route en vrai troubadour médiéval, puis retourne à Los Angeles, où le producteur Jim Dickson le découvre en concert acoustique au club Unicorn. Il lui fait enregistrer trois titres aux World Pacific Studios début 1964. « Come Back Baby » de Ray Charles, « Willie Gene » de Hoyt Axton et « Get Together » de Dino Valenti. Dickson essuie un refus de Warner mais les deux premiers titres feront surface sur la compilation Early L.A. sur Forward Records (1969), avec des morceaux de la première incarnation des Byrds. Peu après il croise enfin Gene Clark puis Roger McGuinn, et ils forment l'éphémère The Jet Set avant de se lancer dans l'aventure des Byrds, une fois rejoints par le batteur Michael Clarke et le bassiste Chris Hillman.

La suite est connue : dès 1965, succès immédiat de leur reprise de Dylan « Mr. Tambourine Man » (dans lequel ils ne font que chanter, McGuinn joue un peu de guitare, sinon ils sont remplacés par des musiciens de studio), les incitant à électrifier d'autres chansons de l'artiste folk et par là-même, avec ce son de guitare très aigu qui devient leur marque de fabrique, à devenir les hérauts du tout nouveau folk-rock.

David Crosby participe à l'épopée principalement en tant que guitariste et chanteur ; il faut attendre en effet le quatrième album, Younger Than Yesterday, pour le voir assumer ses envies d'écriture jusqu'alors limitées à des instrumentaux (« Stranger In A Strange Land ») ou partagées avec Roger McGuinn ( « Wait And See », « Renaissance Fair », « Why » , et surtout, avec Clark comme co-auteur, « Eight Miles High ») : cela donne le très british « Everybody's Been Burned » (on songe à Nick Drake) ou le prétentieux « Mind Gardens » (que Devendra Banhart a du écouter en boucle).

En 1967, fin de l'aventure Byrds pour le nouvel auteur. Son caractère prétentieux, le rejet de son morceau « Triad » dont le thème du ménage à trois n'emballe pas ses partenaires, ses absences aux répétitions, et surtout sa trahison au Festival Pop de Monterey en juin où, non content de monopoliser le chant et d'y vanter les bienfaits du LSD pour toute la famille, il rejoint sur scène les rivaux de Buffalo Springfield en remplacement d'un Neil Young en rupture de ban, entraînent en octobre son éviction devenue inévitable. Lié par contrat chez Columbia, il s'en libère sans débourser de dédit, et se rend à Coconut Grove en Floride où il s'offre une goëlette de vingt mètres qu'il baptise le Mayan, et qui revêtira une importance capitale sur le reste de sa vie.

Plein de ressources, l'homme rebondit aussitôt en produisant au printemps 1968 le premier album de son amie Joni Mitchell de trois ans sa cadette. Après son enregistrement, il s'enferme en studio le 28 mars avec l'équipe technique des Doors, le producteur Paul Rothchild et l'ingénieur Bruce Botnick : parmi les chansons dont certaines seront ré-enregistrées plus tard dans sa carrière, figure la partie instrumentale de son ?uvre la plus ambitieuse, « Wooden Ships ». Le 26 juin, il profite d'un « extra time » de studio pour enregistrer une maquette de « Guinnevere » avec Jack Casady à la basse, destinée elle aussi à démarcher les maisons de disques. Peu après, par l'entremise de « Mama » Cass Elliot, Crosby, Stephen Stills et Graham Nash décident d'unir leurs talents, et se réunissent dans Laurel Canyon à L.A., soit chez Joni Mitchell, Cass Elliot ou John Sebastian. Ils vont enregistrer quelques titres à New York produits par Paul Rothchild, Mais Nash repart à Londres où il est toujours lié à son groupe des Hollies, et en instance de divorce. Stills et Crosby l'y rejoignent et le persuadent de les suivre dans l'aventure. Peu avant Noël, tous trois regagnent Los Angeles. « Nous ne sommes pas un groupe, seulement une réunion d'amis » (Stills). Crosby, Stills & Nash est né.

Réalisant aussitôt le potentiel des harmonies de leurs trois voix, les compères enregistrent à nouveau début 69 le reste de l'album éponyme qui leur vaut un succès mondial immédiat l'année suivante: même si celui-ci est avant tout l'?uvre de Stephen Stills, chacun y apporte sa touche personnelle et Crosby une ode à l'amour courtois avec « Guinnevere », un brûlot politique « Long Time Gone » qui deviendra hymne sur scène et le fond musical du début du film Woodstock, et sa partie du mythique « Wooden Ships ».

Numéro un des ventes avec ce chef d'oeuvre, l'équipe est complétée de Neil Young, ancien compère de Stephen Stills au sein de Buffalo Springfield. Arrivée concrétisée par une participation remarquée au Festival de Woodstock (quoique Young soit invisible dans le film...), puis un nouveau succès commercial avec le classique Déjà Vu (qui contient « Almost Cut My Hair » en plus du morceau titre, thèmes sur la réincarnation, l'un de ses sujets favoris avec l'océan) et d'extraordinaires concerts, dont 4 Way Street est le plus beau témoignage. C'est là l'âge d'or du chanteur californien qui tutoie les sommets et que rien ne semble pouvoir arrêter : rien, sauf la mort qui frappe sa petite amie, Christine Hinton, le 30 septembre 1969 dans un accident de voiture, près de leur maison à Novato au nord la baie de San Francisco. Premier nuage annonciateur d'orages violents qui vont ballotter David Crosby comme un fétu de paille. « Depuis la mort de Christine, David n'a plus jamais été le même » (Graham Nash).

Au sein de CSN&Y, les harmonies vocales époustouflantes du groupe ne trouvent pas d'écho dans les coulisses où les caprices de chacun les empêchent de donner une suite sereine à leurs gigantesques succès : Neil Young quitte le bateau qu'on ressortira cependant épisodiquement au cours de tournées gigantesques dans les années soixante-dix, et même d'albums studios décevants en 1988 et 1999. Le trio possède néanmoins assez de talent pour le très réussi CSN de 1977 sur lequel David Crosby signe trois chansons dont « Shadow Captain  », qui balance un thème marin qui hante son auteur depuis ses débuts. Le trio se réunira à nouveau en 1982 avec Daylight Again, dernière ?uvre intéressante avant de faibles productions dans les décennies suivantes.

Entre-temps, David Crosby a enfin donné naissance à un album solo en février 1971, If I Could Only Remember My Name. Même si le nombre impressionnant de participants laisse planer le doute sur la volonté de l'auteur d'aboutir à un projet vraiment solitaire : il y a tout ce qui compte alors sur la côte ouest avec un peu du Santana Band, Jefferson Airplane, Grateful Dead (avec lequel il a donné quelques concerts en décembre 70 sous le nom de David And The Dorks) sans oublier les inévitables Neil Young, Joni Mitchell et son nouveau boy friend... Graham Nash.

L'?uvre est majestueuse et remporte un vrai succès commercial, tout comme les projets personnels des quatre CSN&Y ces mêmes années, même si celui de Crosby ne présente pas de chanson phare. Le « Music Is Love » très CSN&Y n'atteint pas les sommets et il est peut-être difficile d'entrer au sein du magnifique « Orleans », chanson médiévale française des bords de Loire qui cite Orleans, Beaugency, Notre Dame du Cléry.

Il faudra de plus patienter 18 ans avant d'écouter un nouvel album solo du californien qui tente dès l'année suivante l'aventure en duo avec son alter-ego vocal Graham Nash pour une série d'albums studios et de concerts remarquables, l'occasion pour nous d'entendre ces merveilleux arrangements vocaux auxquels David Crosby donne une hauteur toujours gracieuse. Bien entourés par les musiciens les plus demandés de l'époque (The Section, soit Craig Doerge, Danny Kortchmar, Leland Sklar et Russell Kunkel), le duo produit quatre albums et appose ainsi sa marque sur le courant musical californien des années soixante-dix. La créativité de David Crosby se remarque sur les titres qu'il écrit dont « Where Will I Be ? », « Carry Me » et ceux qu'il partage avec Nash où il donne libre court à son goût pour l'alambiqué comme sur l'épique «To the Last Whale: Critical Mass/Wind on the Water ».

Ainsi s'écoulent les années soixante-dix pour Crosby qui enregistre avec Graham Nash, rejoint Stephen Stills et Neil Young en concert pour CSNY, tente une re-formation très éphémère des Byrds (en 73), tourne beaucoup, connait la gloire mais essuie aussi des revers, la mort de sa compagne en 69 l'ayant imperceptiblement poussé dans la drogue. Si celle-ci ne met pas tout de suite fin à sa carrière, elle la ralentit dans un premier temps avec quelques projets avortés comme cet album solo de Nash prévu à l'origine comme un duo (Earth And Sky de 1979), le Daylight Again de 1982 avec Nash et Stills sur lequel il ne peut fournir qu'une chanson (« Delta »), avant de la mettre entre parenthèses : le 5 août 1983 il est condamné à Dallas à cinq ans de prison pour possession de cocaïne, et trois ans pour détention illégale d'arme à feu (depuis l'assassinat de John Lennon en 1980, il ne s'en séparait pas).

Les peines sont heureusement cumulées et il est libéré sous caution de 8000$. Il effectue un premier séjour à l'hôpital fin 83/début 84, et purge une partie de sa peine lors de deux séjours consécutifs en prison en 1985 et 86. Lors du premier, il s'est rendu au FBI en Floride en décembre 85, plus détruit qu'auparavant ; totalement ruiné, sa maison saisie par l'administration fiscale, sa compagne Jan Dance et lui consommant sept grammes de cocaïne par jour, mélangés à un demi-gramme d'héroïne dont ils respirent les vapeurs grâce à une pipe (« Freebase »). Libéré sur parole le 8 août 86 de la prison d'Huntsville au Texas (où il avait formé un groupe !), il se rachète une conduite. L'année suivante il donne une conférence sur son expérience de la drogue et de la prison devant un parterre de jeunes bourgeois de la Beverly High School. A un étudiant qui lui demande « Etiez-vous stone sur scène ? », il répond : « Jusqu'à ma sortie de prison, que ce soit en studio, sur scène, ou dans n'importe quelle autre circonstance, j'ai toujours été stone ».

Après son mariage avec Jan le 16 mai 1987, deux longues tournées de CSN en 87 et 88, une rencontre musicale peu évidente avec Phil Collins, une participation réussie du trio au festival de Woodstock 1994, la parution de son autobiographie en novembre 88 (Long Time Gone), il connait dans cette décennie un grave accident sur sa Harley-Davidson, d'autres problèmes financiers, et une miraculeuse transplantation de ce qui lui reste de foie, l'alcool ayant rejoint la cocaïne dans le panthéon du musicien. Lors de l'intervention chirurgicale qui dure sept heures le 20 novembre 94, il chante « Amazing Grace » avec sa femme en chemin vers la salle d'opération, où ses chirurgiens écoutent CSN...

Vient ensuite la rédemption, comme dans toute bonne histoire, avec la désintoxication, à nouveau le chemin des studios (et des synthés sur le faiblard Oh Yes I Can de 1989), la reprise de projets de l'entité CSN&Y, avec Nash (double album splendide en 2004), l'écriture (Stand And Be Counted paru en 2000), la comédie (rôle d'un songwriter alcoolique dans la série TV Le Bluffeur -Shannon's Deal-), et surtout la re-découverte d'un fils, qui plus est musicien, avec qui il forme CPR, (Crosby, Pevar et James- Raymond - le fiston) à partir de 1998 pour l'enregistrement de deux albums studio et de deux « live » jusqu'ici.

2006 est l'occasion de chevaucher à nouveau les pur-sang de ses débuts pour soutenir, avec Nash et Stills, la tournée de Neil Young, Freedom of Speech, l'occasion de voir réuni le quatuor vocal le plus impressionnant de ces dernières années et d'entendre cette inénarrable voix haute perchée de David Crosby, toujours bien placée, d'autant plus harmonieuse qu'elle est soutenue par ceux qui l'ont toujours accompagnée, au travers de l'ombre et de la lumière. Après la parution d'un coffret de compilation intitulé Voyage fin 2006, David Crosby songe à son retour en son nom propre. Durant deux ans et demi, il prépare l'affaire dans le studio de son fils, la Bamboom Room située à Altadena. C'est là que tous deux concoctent l'album Croz qui paraît le 3 février 2014, auquel il faut ajouter les participations à distance de Mark Knopfler sur « What's Broken » et de Wynton Marsalis au saxophone sur « Holding On to Nothing » et « Find a Heart ». Dans son ensemble, la critique s'avère favorable à ce retour mi-folk, mi-rock teinté de nostalgie.

(*) Cinq titres parus en 1963 sur Crescendo Records : Jack Linkletter Presents a Folk Festival. Copyright 2014 Music Story Thierry Gaydon

David Crosby paraît plus à son aise quand il élève par la grâce de sa voix unique la tonalité d'un morceau amorcé par un autre, lorsqu'il entraîne un refrain vers des hauteurs insoupçonnées, par la magie d'une tierce ou d'une quinte, en une harmonie vocale parfaite. Harmonie marquant ses premiers enregistrements avec les Byrds, puis ceux avec Graham Nash, Stephen Stills et Neil Young au sein de CSNY : trois voix à l'unisson sur une musique neuve (le folk-rock, qui électrise les chansons traditionnelles américaines). Le succès mondial est immédiat.

Indispensable à l'équilibre d'un groupe, et néanmoins premier fusible quand les querelles éclatent, il ne connaît pas la carrière solo d'un Neil Young ou même d'un Stephen Stills, éternels compagnons de route, alors que l'homme a beaucoup d'atouts en main : fin guitariste (son légendaire jeu de picking), il sait composer des musiques novatrices (jazzy, psychédéliques, éthérées) portées par des textes très en phase avec les idées de l'époque: «Triad » qui illustre la liberté sexuelle hippie, ou « Long Time Gone » qui évoque l'assassinat par Sirhan Sirhan le 6 juin 68 de Robert Kennedy. A l'écoute de merveilles comme le dénudé «The Lee Shore » (écrit comme beaucoup d'autres de ses chansons sur son voilier), extrait de l'album en concert de CSN&Y 4 Way Street, ou de l'électrique « Almost Cut My Hair », on regrette le peu de productions personnelles avant de se consoler à la lecture de toutes les contributions de l'artiste aux albums de ses pairs : les disques solos des membres de CSN&Y bien sûr mais aussi des participations remarquées aux projets de Buffalo Springfield, de Jefferson Airplane, de Jackson Browne, de Joni Mitchell, d'Art Garfunkel, de Carole King... jusqu'à Bob Dylan et même Phil Collins.

Fils du cinéaste Floyd Crosby, David quitte début soixante sa Californie natale pour le Greenwich Village de New York, haut lieu du renouveau folk américain (Bob Dylan y fourbit ses premières armes) et terre d'accueil de tout ce que l'Amérique connait alors d'artistes, qu'ils soient chanteurs, écrivains, peintres ou poètes, prémisse du mouvement beat et avant-garde de la vague hippie.

Le jeune homme se produit sur les scènes du quartier avec ses groupes d'alors (les Baxter's Balladeers entre autres, avec son frère Chip Crosby (*)), part sur la route en vrai troubadour médiéval, puis retourne à Los Angeles, où le producteur Jim Dickson le découvre en concert acoustique au club Unicorn. Il lui fait enregistrer trois titres aux World Pacific Studios début 1964. « Come Back Baby » de Ray Charles, « Willie Gene » de Hoyt Axton et « Get Together » de Dino Valenti. Dickson essuie un refus de Warner mais les deux premiers titres feront surface sur la compilation Early L.A. sur Forward Records (1969), avec des morceaux de la première incarnation des Byrds. Peu après il croise enfin Gene Clark puis Roger McGuinn, et ils forment l'éphémère The Jet Set avant de se lancer dans l'aventure des Byrds, une fois rejoints par le batteur Michael Clarke et le bassiste Chris Hillman.

La suite est connue : dès 1965, succès immédiat de leur reprise de Dylan « Mr. Tambourine Man » (dans lequel ils ne font que chanter, McGuinn joue un peu de guitare, sinon ils sont remplacés par des musiciens de studio), les incitant à électrifier d'autres chansons de l'artiste folk et par là-même, avec ce son de guitare très aigu qui devient leur marque de fabrique, à devenir les hérauts du tout nouveau folk-rock.

David Crosby participe à l'épopée principalement en tant que guitariste et chanteur ; il faut attendre en effet le quatrième album, Younger Than Yesterday, pour le voir assumer ses envies d'écriture jusqu'alors limitées à des instrumentaux (« Stranger In A Strange Land ») ou partagées avec Roger McGuinn ( « Wait And See », « Renaissance Fair », « Why » , et surtout, avec Clark comme co-auteur, « Eight Miles High ») : cela donne le très british « Everybody's Been Burned » (on songe à Nick Drake) ou le prétentieux « Mind Gardens » (que Devendra Banhart a du écouter en boucle).

En 1967, fin de l'aventure Byrds pour le nouvel auteur. Son caractère prétentieux, le rejet de son morceau « Triad » dont le thème du ménage à trois n'emballe pas ses partenaires, ses absences aux répétitions, et surtout sa trahison au Festival Pop de Monterey en juin où, non content de monopoliser le chant et d'y vanter les bienfaits du LSD pour toute la famille, il rejoint sur scène les rivaux de Buffalo Springfield en remplacement d'un Neil Young en rupture de ban, entraînent en octobre son éviction devenue inévitable. Lié par contrat chez Columbia, il s'en libère sans débourser de dédit, et se rend à Coconut Grove en Floride où il s'offre une goëlette de vingt mètres qu'il baptise le Mayan, et qui revêtira une importance capitale sur le reste de sa vie.

Plein de ressources, l'homme rebondit aussitôt en produisant au printemps 1968 le premier album de son amie Joni Mitchell de trois ans sa cadette. Après son enregistrement, il s'enferme en studio le 28 mars avec l'équipe technique des Doors, le producteur Paul Rothchild et l'ingénieur Bruce Botnick : parmi les chansons dont certaines seront ré-enregistrées plus tard dans sa carrière, figure la partie instrumentale de son ?uvre la plus ambitieuse, « Wooden Ships ». Le 26 juin, il profite d'un « extra time » de studio pour enregistrer une maquette de « Guinnevere » avec Jack Casady à la basse, destinée elle aussi à démarcher les maisons de disques. Peu après, par l'entremise de « Mama » Cass Elliot, Crosby, Stephen Stills et Graham Nash décident d'unir leurs talents, et se réunissent dans Laurel Canyon à L.A., soit chez Joni Mitchell, Cass Elliot ou John Sebastian. Ils vont enregistrer quelques titres à New York produits par Paul Rothchild, Mais Nash repart à Londres où il est toujours lié à son groupe des Hollies, et en instance de divorce. Stills et Crosby l'y rejoignent et le persuadent de les suivre dans l'aventure. Peu avant Noël, tous trois regagnent Los Angeles. « Nous ne sommes pas un groupe, seulement une réunion d'amis » (Stills). Crosby, Stills & Nash est né.

Réalisant aussitôt le potentiel des harmonies de leurs trois voix, les compères enregistrent à nouveau début 69 le reste de l'album éponyme qui leur vaut un succès mondial immédiat l'année suivante: même si celui-ci est avant tout l'?uvre de Stephen Stills, chacun y apporte sa touche personnelle et Crosby une ode à l'amour courtois avec « Guinnevere », un brûlot politique « Long Time Gone » qui deviendra hymne sur scène et le fond musical du début du film Woodstock, et sa partie du mythique « Wooden Ships ».

Numéro un des ventes avec ce chef d'oeuvre, l'équipe est complétée de Neil Young, ancien compère de Stephen Stills au sein de Buffalo Springfield. Arrivée concrétisée par une participation remarquée au Festival de Woodstock (quoique Young soit invisible dans le film...), puis un nouveau succès commercial avec le classique Déjà Vu (qui contient « Almost Cut My Hair » en plus du morceau titre, thèmes sur la réincarnation, l'un de ses sujets favoris avec l'océan) et d'extraordinaires concerts, dont 4 Way Street est le plus beau témoignage. C'est là l'âge d'or du chanteur californien qui tutoie les sommets et que rien ne semble pouvoir arrêter : rien, sauf la mort qui frappe sa petite amie, Christine Hinton, le 30 septembre 1969 dans un accident de voiture, près de leur maison à Novato au nord la baie de San Francisco. Premier nuage annonciateur d'orages violents qui vont ballotter David Crosby comme un fétu de paille. « Depuis la mort de Christine, David n'a plus jamais été le même » (Graham Nash).

Au sein de CSN&Y, les harmonies vocales époustouflantes du groupe ne trouvent pas d'écho dans les coulisses où les caprices de chacun les empêchent de donner une suite sereine à leurs gigantesques succès : Neil Young quitte le bateau qu'on ressortira cependant épisodiquement au cours de tournées gigantesques dans les années soixante-dix, et même d'albums studios décevants en 1988 et 1999. Le trio possède néanmoins assez de talent pour le très réussi CSN de 1977 sur lequel David Crosby signe trois chansons dont « Shadow Captain  », qui balance un thème marin qui hante son auteur depuis ses débuts. Le trio se réunira à nouveau en 1982 avec Daylight Again, dernière ?uvre intéressante avant de faibles productions dans les décennies suivantes.

Entre-temps, David Crosby a enfin donné naissance à un album solo en février 1971, If I Could Only Remember My Name. Même si le nombre impressionnant de participants laisse planer le doute sur la volonté de l'auteur d'aboutir à un projet vraiment solitaire : il y a tout ce qui compte alors sur la côte ouest avec un peu du Santana Band, Jefferson Airplane, Grateful Dead (avec lequel il a donné quelques concerts en décembre 70 sous le nom de David And The Dorks) sans oublier les inévitables Neil Young, Joni Mitchell et son nouveau boy friend... Graham Nash.

L'?uvre est majestueuse et remporte un vrai succès commercial, tout comme les projets personnels des quatre CSN&Y ces mêmes années, même si celui de Crosby ne présente pas de chanson phare. Le « Music Is Love » très CSN&Y n'atteint pas les sommets et il est peut-être difficile d'entrer au sein du magnifique « Orleans », chanson médiévale française des bords de Loire qui cite Orleans, Beaugency, Notre Dame du Cléry.

Il faudra de plus patienter 18 ans avant d'écouter un nouvel album solo du californien qui tente dès l'année suivante l'aventure en duo avec son alter-ego vocal Graham Nash pour une série d'albums studios et de concerts remarquables, l'occasion pour nous d'entendre ces merveilleux arrangements vocaux auxquels David Crosby donne une hauteur toujours gracieuse. Bien entourés par les musiciens les plus demandés de l'époque (The Section, soit Craig Doerge, Danny Kortchmar, Leland Sklar et Russell Kunkel), le duo produit quatre albums et appose ainsi sa marque sur le courant musical californien des années soixante-dix. La créativité de David Crosby se remarque sur les titres qu'il écrit dont « Where Will I Be ? », « Carry Me » et ceux qu'il partage avec Nash où il donne libre court à son goût pour l'alambiqué comme sur l'épique «To the Last Whale: Critical Mass/Wind on the Water ».

Ainsi s'écoulent les années soixante-dix pour Crosby qui enregistre avec Graham Nash, rejoint Stephen Stills et Neil Young en concert pour CSNY, tente une re-formation très éphémère des Byrds (en 73), tourne beaucoup, connait la gloire mais essuie aussi des revers, la mort de sa compagne en 69 l'ayant imperceptiblement poussé dans la drogue. Si celle-ci ne met pas tout de suite fin à sa carrière, elle la ralentit dans un premier temps avec quelques projets avortés comme cet album solo de Nash prévu à l'origine comme un duo (Earth And Sky de 1979), le Daylight Again de 1982 avec Nash et Stills sur lequel il ne peut fournir qu'une chanson (« Delta »), avant de la mettre entre parenthèses : le 5 août 1983 il est condamné à Dallas à cinq ans de prison pour possession de cocaïne, et trois ans pour détention illégale d'arme à feu (depuis l'assassinat de John Lennon en 1980, il ne s'en séparait pas).

Les peines sont heureusement cumulées et il est libéré sous caution de 8000$. Il effectue un premier séjour à l'hôpital fin 83/début 84, et purge une partie de sa peine lors de deux séjours consécutifs en prison en 1985 et 86. Lors du premier, il s'est rendu au FBI en Floride en décembre 85, plus détruit qu'auparavant ; totalement ruiné, sa maison saisie par l'administration fiscale, sa compagne Jan Dance et lui consommant sept grammes de cocaïne par jour, mélangés à un demi-gramme d'héroïne dont ils respirent les vapeurs grâce à une pipe (« Freebase »). Libéré sur parole le 8 août 86 de la prison d'Huntsville au Texas (où il avait formé un groupe !), il se rachète une conduite. L'année suivante il donne une conférence sur son expérience de la drogue et de la prison devant un parterre de jeunes bourgeois de la Beverly High School. A un étudiant qui lui demande « Etiez-vous stone sur scène ? », il répond : « Jusqu'à ma sortie de prison, que ce soit en studio, sur scène, ou dans n'importe quelle autre circonstance, j'ai toujours été stone ».

Après son mariage avec Jan le 16 mai 1987, deux longues tournées de CSN en 87 et 88, une rencontre musicale peu évidente avec Phil Collins, une participation réussie du trio au festival de Woodstock 1994, la parution de son autobiographie en novembre 88 (Long Time Gone), il connait dans cette décennie un grave accident sur sa Harley-Davidson, d'autres problèmes financiers, et une miraculeuse transplantation de ce qui lui reste de foie, l'alcool ayant rejoint la cocaïne dans le panthéon du musicien. Lors de l'intervention chirurgicale qui dure sept heures le 20 novembre 94, il chante « Amazing Grace » avec sa femme en chemin vers la salle d'opération, où ses chirurgiens écoutent CSN...

Vient ensuite la rédemption, comme dans toute bonne histoire, avec la désintoxication, à nouveau le chemin des studios (et des synthés sur le faiblard Oh Yes I Can de 1989), la reprise de projets de l'entité CSN&Y, avec Nash (double album splendide en 2004), l'écriture (Stand And Be Counted paru en 2000), la comédie (rôle d'un songwriter alcoolique dans la série TV Le Bluffeur -Shannon's Deal-), et surtout la re-découverte d'un fils, qui plus est musicien, avec qui il forme CPR, (Crosby, Pevar et James- Raymond - le fiston) à partir de 1998 pour l'enregistrement de deux albums studio et de deux « live » jusqu'ici.

2006 est l'occasion de chevaucher à nouveau les pur-sang de ses débuts pour soutenir, avec Nash et Stills, la tournée de Neil Young, Freedom of Speech, l'occasion de voir réuni le quatuor vocal le plus impressionnant de ces dernières années et d'entendre cette inénarrable voix haute perchée de David Crosby, toujours bien placée, d'autant plus harmonieuse qu'elle est soutenue par ceux qui l'ont toujours accompagnée, au travers de l'ombre et de la lumière. Après la parution d'un coffret de compilation intitulé Voyage fin 2006, David Crosby songe à son retour en son nom propre. Durant deux ans et demi, il prépare l'affaire dans le studio de son fils, la Bamboom Room située à Altadena. C'est là que tous deux concoctent l'album Croz qui paraît le 3 février 2014, auquel il faut ajouter les participations à distance de Mark Knopfler sur « What's Broken » et de Wynton Marsalis au saxophone sur « Holding On to Nothing » et « Find a Heart ». Dans son ensemble, la critique s'avère favorable à ce retour mi-folk, mi-rock teinté de nostalgie.

(*) Cinq titres parus en 1963 sur Crescendo Records : Jack Linkletter Presents a Folk Festival. Copyright 2014 Music Story Thierry Gaydon

David Crosby paraît plus à son aise quand il élève par la grâce de sa voix unique la tonalité d'un morceau amorcé par un autre, lorsqu'il entraîne un refrain vers des hauteurs insoupçonnées, par la magie d'une tierce ou d'une quinte, en une harmonie vocale parfaite. Harmonie marquant ses premiers enregistrements avec les Byrds, puis ceux avec Graham Nash, Stephen Stills et Neil Young au sein de CSNY : trois voix à l'unisson sur une musique neuve (le folk-rock, qui électrise les chansons traditionnelles américaines). Le succès mondial est immédiat.

Indispensable à l'équilibre d'un groupe, et néanmoins premier fusible quand les querelles éclatent, il ne connaît pas la carrière solo d'un Neil Young ou même d'un Stephen Stills, éternels compagnons de route, alors que l'homme a beaucoup d'atouts en main : fin guitariste (son légendaire jeu de picking), il sait composer des musiques novatrices (jazzy, psychédéliques, éthérées) portées par des textes très en phase avec les idées de l'époque: «Triad » qui illustre la liberté sexuelle hippie, ou « Long Time Gone » qui évoque l'assassinat par Sirhan Sirhan le 6 juin 68 de Robert Kennedy. A l'écoute de merveilles comme le dénudé «The Lee Shore » (écrit comme beaucoup d'autres de ses chansons sur son voilier), extrait de l'album en concert de CSN&Y 4 Way Street, ou de l'électrique « Almost Cut My Hair », on regrette le peu de productions personnelles avant de se consoler à la lecture de toutes les contributions de l'artiste aux albums de ses pairs : les disques solos des membres de CSN&Y bien sûr mais aussi des participations remarquées aux projets de Buffalo Springfield, de Jefferson Airplane, de Jackson Browne, de Joni Mitchell, d'Art Garfunkel, de Carole King... jusqu'à Bob Dylan et même Phil Collins.

Fils du cinéaste Floyd Crosby, David quitte début soixante sa Californie natale pour le Greenwich Village de New York, haut lieu du renouveau folk américain (Bob Dylan y fourbit ses premières armes) et terre d'accueil de tout ce que l'Amérique connait alors d'artistes, qu'ils soient chanteurs, écrivains, peintres ou poètes, prémisse du mouvement beat et avant-garde de la vague hippie.

Le jeune homme se produit sur les scènes du quartier avec ses groupes d'alors (les Baxter's Balladeers entre autres, avec son frère Chip Crosby (*)), part sur la route en vrai troubadour médiéval, puis retourne à Los Angeles, où le producteur Jim Dickson le découvre en concert acoustique au club Unicorn. Il lui fait enregistrer trois titres aux World Pacific Studios début 1964. « Come Back Baby » de Ray Charles, « Willie Gene » de Hoyt Axton et « Get Together » de Dino Valenti. Dickson essuie un refus de Warner mais les deux premiers titres feront surface sur la compilation Early L.A. sur Forward Records (1969), avec des morceaux de la première incarnation des Byrds. Peu après il croise enfin Gene Clark puis Roger McGuinn, et ils forment l'éphémère The Jet Set avant de se lancer dans l'aventure des Byrds, une fois rejoints par le batteur Michael Clarke et le bassiste Chris Hillman.

La suite est connue : dès 1965, succès immédiat de leur reprise de Dylan « Mr. Tambourine Man » (dans lequel ils ne font que chanter, McGuinn joue un peu de guitare, sinon ils sont remplacés par des musiciens de studio), les incitant à électrifier d'autres chansons de l'artiste folk et par là-même, avec ce son de guitare très aigu qui devient leur marque de fabrique, à devenir les hérauts du tout nouveau folk-rock.

David Crosby participe à l'épopée principalement en tant que guitariste et chanteur ; il faut attendre en effet le quatrième album, Younger Than Yesterday, pour le voir assumer ses envies d'écriture jusqu'alors limitées à des instrumentaux (« Stranger In A Strange Land ») ou partagées avec Roger McGuinn ( « Wait And See », « Renaissance Fair », « Why » , et surtout, avec Clark comme co-auteur, « Eight Miles High ») : cela donne le très british « Everybody's Been Burned » (on songe à Nick Drake) ou le prétentieux « Mind Gardens » (que Devendra Banhart a du écouter en boucle).

En 1967, fin de l'aventure Byrds pour le nouvel auteur. Son caractère prétentieux, le rejet de son morceau « Triad » dont le thème du ménage à trois n'emballe pas ses partenaires, ses absences aux répétitions, et surtout sa trahison au Festival Pop de Monterey en juin où, non content de monopoliser le chant et d'y vanter les bienfaits du LSD pour toute la famille, il rejoint sur scène les rivaux de Buffalo Springfield en remplacement d'un Neil Young en rupture de ban, entraînent en octobre son éviction devenue inévitable. Lié par contrat chez Columbia, il s'en libère sans débourser de dédit, et se rend à Coconut Grove en Floride où il s'offre une goëlette de vingt mètres qu'il baptise le Mayan, et qui revêtira une importance capitale sur le reste de sa vie.

Plein de ressources, l'homme rebondit aussitôt en produisant au printemps 1968 le premier album de son amie Joni Mitchell de trois ans sa cadette. Après son enregistrement, il s'enferme en studio le 28 mars avec l'équipe technique des Doors, le producteur Paul Rothchild et l'ingénieur Bruce Botnick : parmi les chansons dont certaines seront ré-enregistrées plus tard dans sa carrière, figure la partie instrumentale de son ?uvre la plus ambitieuse, « Wooden Ships ». Le 26 juin, il profite d'un « extra time » de studio pour enregistrer une maquette de « Guinnevere » avec Jack Casady à la basse, destinée elle aussi à démarcher les maisons de disques. Peu après, par l'entremise de « Mama » Cass Elliot, Crosby, Stephen Stills et Graham Nash décident d'unir leurs talents, et se réunissent dans Laurel Canyon à L.A., soit chez Joni Mitchell, Cass Elliot ou John Sebastian. Ils vont enregistrer quelques titres à New York produits par Paul Rothchild, Mais Nash repart à Londres où il est toujours lié à son groupe des Hollies, et en instance de divorce. Stills et Crosby l'y rejoignent et le persuadent de les suivre dans l'aventure. Peu avant Noël, tous trois regagnent Los Angeles. « Nous ne sommes pas un groupe, seulement une réunion d'amis » (Stills). Crosby, Stills & Nash est né.

Réalisant aussitôt le potentiel des harmonies de leurs trois voix, les compères enregistrent à nouveau début 69 le reste de l'album éponyme qui leur vaut un succès mondial immédiat l'année suivante: même si celui-ci est avant tout l'?uvre de Stephen Stills, chacun y apporte sa touche personnelle et Crosby une ode à l'amour courtois avec « Guinnevere », un brûlot politique « Long Time Gone » qui deviendra hymne sur scène et le fond musical du début du film Woodstock, et sa partie du mythique « Wooden Ships ».

Numéro un des ventes avec ce chef d'oeuvre, l'équipe est complétée de Neil Young, ancien compère de Stephen Stills au sein de Buffalo Springfield. Arrivée concrétisée par une participation remarquée au Festival de Woodstock (quoique Young soit invisible dans le film...), puis un nouveau succès commercial avec le classique Déjà Vu (qui contient « Almost Cut My Hair » en plus du morceau titre, thèmes sur la réincarnation, l'un de ses sujets favoris avec l'océan) et d'extraordinaires concerts, dont 4 Way Street est le plus beau témoignage. C'est là l'âge d'or du chanteur californien qui tutoie les sommets et que rien ne semble pouvoir arrêter : rien, sauf la mort qui frappe sa petite amie, Christine Hinton, le 30 septembre 1969 dans un accident de voiture, près de leur maison à Novato au nord la baie de San Francisco. Premier nuage annonciateur d'orages violents qui vont ballotter David Crosby comme un fétu de paille. « Depuis la mort de Christine, David n'a plus jamais été le même » (Graham Nash).

Au sein de CSN&Y, les harmonies vocales époustouflantes du groupe ne trouvent pas d'écho dans les coulisses où les caprices de chacun les empêchent de donner une suite sereine à leurs gigantesques succès : Neil Young quitte le bateau qu'on ressortira cependant épisodiquement au cours de tournées gigantesques dans les années soixante-dix, et même d'albums studios décevants en 1988 et 1999. Le trio possède néanmoins assez de talent pour le très réussi CSN de 1977 sur lequel David Crosby signe trois chansons dont « Shadow Captain  », qui balance un thème marin qui hante son auteur depuis ses débuts. Le trio se réunira à nouveau en 1982 avec Daylight Again, dernière ?uvre intéressante avant de faibles productions dans les décennies suivantes.

Entre-temps, David Crosby a enfin donné naissance à un album solo en février 1971, If I Could Only Remember My Name. Même si le nombre impressionnant de participants laisse planer le doute sur la volonté de l'auteur d'aboutir à un projet vraiment solitaire : il y a tout ce qui compte alors sur la côte ouest avec un peu du Santana Band, Jefferson Airplane, Grateful Dead (avec lequel il a donné quelques concerts en décembre 70 sous le nom de David And The Dorks) sans oublier les inévitables Neil Young, Joni Mitchell et son nouveau boy friend... Graham Nash.

L'?uvre est majestueuse et remporte un vrai succès commercial, tout comme les projets personnels des quatre CSN&Y ces mêmes années, même si celui de Crosby ne présente pas de chanson phare. Le « Music Is Love » très CSN&Y n'atteint pas les sommets et il est peut-être difficile d'entrer au sein du magnifique « Orleans », chanson médiévale française des bords de Loire qui cite Orleans, Beaugency, Notre Dame du Cléry.

Il faudra de plus patienter 18 ans avant d'écouter un nouvel album solo du californien qui tente dès l'année suivante l'aventure en duo avec son alter-ego vocal Graham Nash pour une série d'albums studios et de concerts remarquables, l'occasion pour nous d'entendre ces merveilleux arrangements vocaux auxquels David Crosby donne une hauteur toujours gracieuse. Bien entourés par les musiciens les plus demandés de l'époque (The Section, soit Craig Doerge, Danny Kortchmar, Leland Sklar et Russell Kunkel), le duo produit quatre albums et appose ainsi sa marque sur le courant musical californien des années soixante-dix. La créativité de David Crosby se remarque sur les titres qu'il écrit dont « Where Will I Be ? », « Carry Me » et ceux qu'il partage avec Nash où il donne libre court à son goût pour l'alambiqué comme sur l'épique «To the Last Whale: Critical Mass/Wind on the Water ».

Ainsi s'écoulent les années soixante-dix pour Crosby qui enregistre avec Graham Nash, rejoint Stephen Stills et Neil Young en concert pour CSNY, tente une re-formation très éphémère des Byrds (en 73), tourne beaucoup, connait la gloire mais essuie aussi des revers, la mort de sa compagne en 69 l'ayant imperceptiblement poussé dans la drogue. Si celle-ci ne met pas tout de suite fin à sa carrière, elle la ralentit dans un premier temps avec quelques projets avortés comme cet album solo de Nash prévu à l'origine comme un duo (Earth And Sky de 1979), le Daylight Again de 1982 avec Nash et Stills sur lequel il ne peut fournir qu'une chanson (« Delta »), avant de la mettre entre parenthèses : le 5 août 1983 il est condamné à Dallas à cinq ans de prison pour possession de cocaïne, et trois ans pour détention illégale d'arme à feu (depuis l'assassinat de John Lennon en 1980, il ne s'en séparait pas).

Les peines sont heureusement cumulées et il est libéré sous caution de 8000$. Il effectue un premier séjour à l'hôpital fin 83/début 84, et purge une partie de sa peine lors de deux séjours consécutifs en prison en 1985 et 86. Lors du premier, il s'est rendu au FBI en Floride en décembre 85, plus détruit qu'auparavant ; totalement ruiné, sa maison saisie par l'administration fiscale, sa compagne Jan Dance et lui consommant sept grammes de cocaïne par jour, mélangés à un demi-gramme d'héroïne dont ils respirent les vapeurs grâce à une pipe (« Freebase »). Libéré sur parole le 8 août 86 de la prison d'Huntsville au Texas (où il avait formé un groupe !), il se rachète une conduite. L'année suivante il donne une conférence sur son expérience de la drogue et de la prison devant un parterre de jeunes bourgeois de la Beverly High School. A un étudiant qui lui demande « Etiez-vous stone sur scène ? », il répond : « Jusqu'à ma sortie de prison, que ce soit en studio, sur scène, ou dans n'importe quelle autre circonstance, j'ai toujours été stone ».

Après son mariage avec Jan le 16 mai 1987, deux longues tournées de CSN en 87 et 88, une rencontre musicale peu évidente avec Phil Collins, une participation réussie du trio au festival de Woodstock 1994, la parution de son autobiographie en novembre 88 (Long Time Gone), il connait dans cette décennie un grave accident sur sa Harley-Davidson, d'autres problèmes financiers, et une miraculeuse transplantation de ce qui lui reste de foie, l'alcool ayant rejoint la cocaïne dans le panthéon du musicien. Lors de l'intervention chirurgicale qui dure sept heures le 20 novembre 94, il chante « Amazing Grace » avec sa femme en chemin vers la salle d'opération, où ses chirurgiens écoutent CSN...

Vient ensuite la rédemption, comme dans toute bonne histoire, avec la désintoxication, à nouveau le chemin des studios (et des synthés sur le faiblard Oh Yes I Can de 1989), la reprise de projets de l'entité CSN&Y, avec Nash (double album splendide en 2004), l'écriture (Stand And Be Counted paru en 2000), la comédie (rôle d'un songwriter alcoolique dans la série TV Le Bluffeur -Shannon's Deal-), et surtout la re-découverte d'un fils, qui plus est musicien, avec qui il forme CPR, (Crosby, Pevar et James- Raymond - le fiston) à partir de 1998 pour l'enregistrement de deux albums studio et de deux « live » jusqu'ici.

2006 est l'occasion de chevaucher à nouveau les pur-sang de ses débuts pour soutenir, avec Nash et Stills, la tournée de Neil Young, Freedom of Speech, l'occasion de voir réuni le quatuor vocal le plus impressionnant de ces dernières années et d'entendre cette inénarrable voix haute perchée de David Crosby, toujours bien placée, d'autant plus harmonieuse qu'elle est soutenue par ceux qui l'ont toujours accompagnée, au travers de l'ombre et de la lumière. Après la parution d'un coffret de compilation intitulé Voyage fin 2006, David Crosby songe à son retour en son nom propre. Durant deux ans et demi, il prépare l'affaire dans le studio de son fils, la Bamboom Room située à Altadena. C'est là que tous deux concoctent l'album Croz qui paraît le 3 février 2014, auquel il faut ajouter les participations à distance de Mark Knopfler sur « What's Broken » et de Wynton Marsalis au saxophone sur « Holding On to Nothing » et « Find a Heart ». Dans son ensemble, la critique s'avère favorable à ce retour mi-folk, mi-rock teinté de nostalgie.

(*) Cinq titres parus en 1963 sur Crescendo Records : Jack Linkletter Presents a Folk Festival. Copyright 2014 Music Story Thierry Gaydon


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