Ce n’est pas bouleversant d’originalité, mais néanmoins signifiant : Sarah Blasko est le fruit de son éducation, qui mêla des influences paternelles (professeur, il l’initia aux grands compositeurs classiques), et des goûts plus en rapport avec sa génération (quoique David Bowie ou Annie Lennox fassent figures d’ancêtres, aux yeux d’une jeune femme à peine plus que trentenaire). En tout état de cause, c’est en star en devenir (et déjà honorée de nombre de trophées) qu’elle débarque de son Australie natale en 2005, et s’installe aux États-Unis. Après deux albums tout en grâce sophistiquée (et encore une fois salués, et par la critique, et par le public), elle propose aujourd’hui un troisième effort, produit par le Suédois Bjorn Yttling (du trio Peter, Bjorn, & John, qui a marqué la scène internationale en 2007 avec son hit «Young Folks »). En fait, As Day Follows Light, enregistré à Stockholm (et au titre explicitant parfaitement le souhait de la chanteuse d’un nouvel élan), sanctionne un retour (momentané ?) à Sydney, ainsi qu’une phase de conception et de composition, qui s’est déroulée dans la solitude d’un appartement parisien.
Entourée de musiciens scandinaves, Blasko y revendique un retour à plus de simplicité, et, négligeant les artifices synthétiques du studio, un choix assumé pour les sonorités chaudes d’instruments acoustiques. Tout en conservant un éclectisme chez elle en seconde nature, elle consacre le piano roi de ces sessions, délaissant quelque peu les vertus de la guitare. Les chansons se partagent ainsi entre la fragilité naturelle d’une voix évanescente (qui n’est pas sans rappeler Feist), et le caractère franchement baroque de certaines orchestrations, qu’un jugement hâtif pourra rapprocher des fondamentaux de l’écriture de Kate Bush.
En ouverture, « Down On Love » convoque, dans des climats en suspension, l’influence de la musique savante européenne. L’hypnotique « All I Want » (premier single extrait de l’album) convoque le souvenir récurrent de quelques emblématiques chanteuses de jazz (dont Shirley Bassey), alors que « Lost & Defeated » joue avec la réverbération naturelle du lieu d’enregistrement, et que «Bird On A Wire » (sans aucun rapport avec le standard signé Leonard Cohen) trace manifestement son sillon dans la tradition swing. Plus immédiat, « No Turning Back » joue à merveille sur des principes de tension, qu’on est peu accoutumé à fréquenter dans le cénacle de la chanson populaire.
Ces douze partitions agissent comme autant de facettes d’une artiste profondément originale, dont la créativité, et l’univers parfaitement inédit, permettent d’augurer le meilleur dans les années à venir. L’effet de retard de l’édition française de l’album lui fait en outre bénéficier de l’écho d’un accueil particulièrement positif dans le pays d’origine de la dame, où As Day Follows Night l’a consacrée artiste féminine de l’année.
Christian Larrède - Copyright 2013 Music Story