Elle l’a prouvé avec l’ambiance introspective de son précédent album
Night Bugs, la formation classique de Sarah Slean la distinguait jusqu’ici de ses congénères chanteuses de pop. Mais, sur ce deuxième album publié chez Wea/Warner et Atlantic, la canadienne opte pour un mélange des genres. Même si
Day One a obtenu un beau succès au Canada, en Europe et aux Etats-Unis, le disque est en fait assez inégal.
Esthète émérite malgré son jeune âge, l’ancienne étudiante en musicologie révèle ses talents de compositrice. L’électrification pop-rock sied parfaitement aux textes plus rageurs de
« Pilgrim » et
« Lucky Me ». Une guitare et deux violons transforment ironiquement
« Wake Up » en douce berceuse acoustique, agréable comme une sieste au soleil. Enfin,
« Your Wish Is My Wish » offre une démonstration de sa maîtrise du registre piano-voix, qui a fait grandir sa renommé depuis ses premiers concerts dans les piano-bars de Toronto.
Mais l’ajout de boucles électroniques, de batterie ou de boîtes à rythmes est parfois totalement inapproprié.
« Mary » en est un bon exemple. Il suffit, pour s’en convaincre, d’écouter la version acoustique bouleversante qu’en donne la canadienne sur son disque
Orphan Music (2006).
Ne pouvant nier son allégeance à des songwriters tels Joni Mitchell ou Tom Waits, ni à la musique de Tori Amos (tant l’influence de cette dernière est manifeste dans son jeu de scène) Slean s’inscrit dans le registre d’une pop-intellectuelle, échappée d’un carcan académique, dans son cas le classique. Si elle est depuis toujours attirée vers un registre « cabaret », qui instaure une proximité, une séduction forte et directe avec le public, c’est tout simplement parce qu’elle est faite pour ça.
Anne Yven - Copyright 2012 Music Story