Où l'on en vient enfin à faire nez à nez - et le duel de rixme qui va s'engager sera sanglant, pif ! paf ! - avec le Maître d'Armes !
Ce huitième opus - qui n'est, malgré sa fin elliptique, vraisemblablement pas le dernier, met fin à la délicieuse procrastination de la rencontre avec le fameux terrien, tant attendue, mais certes pas à celle du cycle. Pour ne rien révéler de cette suite des aventures de nos canidés rimailleurs préférés, dévoilons seulement : que le deuxième de couverture reprend, là où le troisième du précédent l'avait laissée, la situation délicate dans laquelle s'était placé Eusèbe à l'égard de son interlocuteur sourcilleux quant à l'évocation de certain appendice émergeant du brouillard ; que les mânes de Dumas père seront évoquées lointainement, par le truchement d'un régiment de cadets de Gascogne fort congru ; qu'au chapitre des références littéraires au Grand Siècle, la tonalité racinienne et tragique se taillera la part du lion, même si la primeur de certaine scène d'une célèbre comédie moliéresque ne sera pas sans être jalousement disputée ; que viendront s'y adjoindre moult références aux Humanités, dont les précurseurs latins du Maître d'Arme dans le genre du récit d'exploration sélénite ; ou la bataille finale, ressortissant au renouveau des thèmes homériques chers aux classiques, et qui opposera les troupe du Roi de la lune à son terratique jumeau, et ce non sans évoquer certain épisode héroïque de l'âge d'or lacédémonien...
Si l'on devait regretter une seule chose dans cette merveilleuse série - en est-il de meilleure en langue française, où le pétillement de l'esprit s'allie avec une telle allégresse à l'expressivité du trait et au panache de la couleur ? - ce serait peut-être ce sentiment qui étreint, à découvrir ces nouvelles planches proprement fabuleuses - Masbou nous gratifie de clairs de Terre d-un mordoré sublime, d'un siège à la pourpre d'un inédit dramatique, Ayrolles pousse la richesse de l'alexandrin jusqu'à la surcharge absconse ' que les auteurs semblent presque contraints par l'excellence de leur œuvre : la surenchère dans le jeu des références, dans l'amoncellement des figures de style - lesquelles, comme dans l'œuvre de Wilde, deviennent le véritable moteur performatif du récit, tel évènement semblant amené par le seul goût d'un bon mot - semblent empeser un univers qui perd en chair ce qu'il gagne en virtuosité. Sans doute l'escapade lunaire, étincelante dans l'imagination scripturaire et visuelle, s'est-elle trop prolongée, et nos héros n'ont-ils jamais retrouvé la grâce absolue des premiers épisodes vénitiens ou maltais, inondés de soleil, animés d'un mouvement incessant. Ces trois derniers volumes s'adressent sans doute davantage aux sélénites qu'aux prosaïques terriens, qui perdent la griserie des références familières au récit de cape et d'épée, ou de piraterie, au profit du jeu littéraire et d'érudition, lequel pourrait perdre en chemin son lectorat le moins averti, là où l'une des nombreuses richesses du cycle consistait en sa pluralité de niveaux de lectures.
Mais ¡ Por Dios ! quel trésor - les rimes d'Ayrolles sont les vraies richesse de l'astre lunaire, et pas cet aurum vulgi qui pousse sur ses arbres par brassées !