Le petit livre de Bruce Bégout se donne pour tâche de cerner le concept de "décence ordinaire" (common decency) dans l'œuvre de George Orwell. En fait, il ne s'agit pas d'une idée philosophique très complexe : toute personne d'un certain âge issu d'un milieu populaire traditionnel l'aura non seulement sans doute rencontré dans son entourage et dans sa propre éducation informelle, mais en sera partiellement pétrie. Dans leur comportement spontané, la grande majorité des humains n'ont nul envie de dominer ou de ruiner leur prochain ; seule une infime minorité constituée d'arrivistes intégraux (les "Robert Macaire" de Michéa) suffit à pourrir la vie de tous les autres. Orwell postule que les gens ordinaires (prolétaires, artisans, gens des campagnes) développent naturellement un noyau moral minimaliste leur permettant d'entretenir des relations décentes avec les membres de leur proche communauté, un premier pas vers la vie bonne. Orwell oppose la morale de ces gens ordinaires à celle des intellectuels de gauche qui les méprisent, intellectuels de gauche prompts à dénoncer cette "décence ordinaire" comme une morale petite bourgeoise, mais souvent enclins à perdre tout bon sens et soutenir les pires idéologies totalitaires. Dans le climat de désagrégation du politique qui est le nôtre, la vision orwellienne du politique est une piste sérieuse à envisager avant toute tentative de reconstruction pour ne pas retomber dans les vieilles ornières.
Le travail de Bégout s'appuie largement sur des extraits des quatre gros volumes des Essais, Articles et Lettres d'Orwell (édités en français par l'Encyclopédie des nuisance), et dans une moindre mesure sur "le quai de Wigan". Il s'agit d'une simple introduction à une pensée politique assez raffinée. Sur le même sujet, on consultera également Michéa (Orwell, anarchiste Tory et tous ses autres excellents ouvrages).