On lit et on relit avec plaisir ce livre qui est l'un des plus grands ouvrages de science politique et de sociologie jamais écrit. A la puissance de l'analyse s'ajoute le talent d'écriture de l'auteur. On ne peut qu'admirer l'incroyable don de visionnaire de Tocqueville qui plus d'un siècle à l'avance prévoit tout à la fois la prédominance de la démocratie, l'avènement de la puissance russe et américaine, l'égalité des conditions et le risque de despotisme qu'elle entraine, le problème que va poser la situation des noirs en Amérique. Ainsi à ce sujet il écrit que l'esclavage 'n'est point une institution qui puisse durer. Il cessera par le fait de l'esclave ou par celui du maitre. Dans les deux cas il faut s'attendre à de grands malheurs". Il prévoit aussi les risques de sécession de l'union.
"De la démocratie en Amérique" nous apprend beaucoup sur la société américaine de l'époque, l'élimination cruelle des indiens, la mentalité aventurière des américains, la nature et la structure des lois du pays avec l'importance du pouvoir judiciaire, la situation des noirs et la très grande différence entre les habitants du nord et du sud du pays du fait de l'esclavage. Tocqueville compare toujours la société américaine démocratique avec les sociétés aristocratiques européennes.
Cependant on peut reprocher à Tocqueville de faire trop de généralisations à partir de l'étude d'un seul cas, les États-Unis. Il existait à son époque une autre démocratie, la Suisse, il aurait été intéressant que Tocqueville puisse également l'étudier, la base de ses réflexions aurait été plus large. "La démocratie en Amérique" n'en reste pas moins un livre exceptionnel de réflexion, extrêmement enrichissant.