Ce livre est à la fois un exposé remarquable sur ce qu'est la génomique, la science des chromosomes et des gènes porteurs de l'hérédité chez les vivants (l'auteur a dirigé les équipes multinationales chargées d'établir la carte du génome humain) mais son livre est aussi un plaidoyer en faveur de la foi chrétienne. Ce plaidoyer, émanant d'un authentique savant, voudrait convaincre les lecteurs que, non seulement il n'y aurait aucune incompatibilité entre science et foi chrétienne, mais même que les données scientifiques devraient plutôt incliner à la foi qu'à l'athéisme. Dès l'introduction du livre il écrit.« Selon moi, il n'existe aucun antagonisme entre le fait d'être un scientifique rigoureux et celui d'être une personne croyant en un Dieu attentif à chacun de nous ». Dans la suite, il précise clairement que son adhésion va au Dieu de la Bible tel qu'il est présenté par le christianisme.
Ainsi, une fois de plus, on retrouve le thème récurrent de la relation entre foi et raison, thème si clairement posé par Blaise Pascal. « Les hommes ont mépris pour la religion'Pour guérir cela il faut commencer par montrer que la religion n'est point contraire à la raison » ((Pensées,fr. 46) et « Si on choque les principes de la raison, notre religion sera absurde et ridicule » (id.,fr. 204)
Personnellement j'éprouve toujours un grand étonnement quand un authentique scientifique semble ne pas percevoir la totale irrationalité du credo chrétien ou en tout cas n'en éprouve aucune gêne. Et pourtant l'apôtre Paul lui-même avait conscience qu'il prêchait une doctrine qui ne pouvait être considérée que comme insensée par son auditoire grec. Il assumait cette irrationalité et même bénissait Dieu de cacher la vérité de sa doctrine aux sages et aux savants et de la révéler aux humbles et aux ignorants(I Cor. chap.1, versets 18 à 31). Or sur ce point, notre auteur, tout en reconnaissant qu'aucun argument scientifique ne peut prouver, même l'existence d'un Dieu transcendant impersonnel (comme celui d'Einstein), ose tout de même aller d'aller beaucoup plus loin en défendant la croyance en un Dieu personnel tout préoccupé par ce que font les hommes sur notre petite planète, la Terre. Il faut dire que chez Collins, cette position ne semble pas être le résultat d'une réflexion personnelle approfondie. Il a été marqué par les ouvrages d'un universitaire irlandais (C.S. Lewis 1898-1963) ardent apologiste du christianisme. Il s'y réfère sans cesse et c'est dans les ouvrages de Lewis qu'il puise tous ses arguments en faveur de la foi chrétienne. L'argument qui pour lui a été le plus décisif serait l'existence en tout homme du sens moral. Le commandement de faire le bien, même de façon altruiste, et d'éviter le mal serait présent en tout homme au titre d'un impératif inné (apparemment comme le sont la volonté de survivre et de se reproduire). L'auteur souligne en maints passages que cet argument est à la base de sa foi. C'est certainement qu'il en éprouve le bien fondé en lui-même. Toutefois il devrait être assez lucide pour voir que la généralisation à tous les êtres humains de ce sentiment est bien loin de correspondre à la réalité. Il serait plus facile de démontrer que l'égoïsme et tout ce qu'il entraîne de négatif est beaucoup plus prégnant au c½ur de l'humanité.
De la même façon les autres arguments de Collins-Lewis en faveur de la foi chrétienne sont à vrai dire peu originaux et peu probants pour un esprit critique.
Au total, si, tout au long du livre, le volet « plaidoirie en faveur du christianisme » m'a paru plutôt faible et peu original, en revanche j'ai trouvé remarquables et fort instructifs les chapitres où l'auteur traite de sa spécialité scientifique, la génomique. Sur ce point, jamais je n'avais encore trouvé des exposés aussi clairs et compréhensibles que ceux présentés par l'auteur. L'annexe, sur les problèmes éthiques suscités par les manipulations génétiques (en particulier sur le clonage) mérite les mêmes éloges quant à la clarté de leur exposé.
C'est pourquoi j'accorde tout de même 4 étoiles à ce livre.