Si vous avez lu le roman de Cormac McCarthy, premier volet de sa Trilogie de la frontière, ne vous laissez surtout pas tenter par cette adaptation : vous passeriez un sale quart d'heure. Il est clair comme le jour que le scénariste et le réalisateur ne se sont pas demandé une seconde comment filmer ce livre mais en ont transposé le synopsis à la va-comme-je-te-pousse. Résultat : de nombreuses scènes, dépouillées de la description au ras des faits de McCarthy, sont réduites à quelques plans parfaitement gratuits, lorsque leur caractère n'est pas détourné. C'est le cas de l'épisode du dressage des chevaux qui devient une vulgaire scène de rodéo. Il y a de quoi avoir les cheveux qui se dressent sur la tête. Et ce n'est pas terminé : les deux acteurs principaux font le double de l'âge de leurs personnages et ressemblent à ce qu'ils sont : de bons gros Américains sortis de leur pavillon provincial, l'antithèse de ces Texans jeunes mais murs et durs. Sans même parler du jeu surchargé d'affects qui leur est imposé : il faut que le public s'identifie, coco ! Tout est de la sorte tiré vers le sentimental anecdotique. Bref, une immondice : alors que l'écriture de McCarthy oscille entre une factualité minérale et une puissance mythologique, le film se situe dans un pseudo-réalisme à l'eau de rose, une esthétique de soap opera. Dès le début, au dépouillement de McCarthy s'oppose la débauche d'effets du film (musique, écho artificel, ralenti...). Et j'ai gardé le pire pour la fin : en lisant le roman, je me disais que s'il était adapté au cinéma, il faudrait que ce soit sans musique. Or la musique est omniprésente, et quelle musique ! Une caricature de schmaltz hollywoodien, sirupeuse, dégoulinante de kitsch - et de clichés, puisque la recette est un grand classique : des violons (avec des mélodies et des harmonies sucrées à en attraper des caries) pour faire pleurer Margot plus un élément couleur locale (ici une guitare ou une trompette "mexicaines"). À fuir !