Ce roman graphique, un des plus longs jamais publiés (près de 600 pages) atteint des sommets d'émotion et de talent. Autour d'une poignée de personnages terriblement attachants, il dresse un portrait de l'amérique des intellos précaires, de jeunes adultes en attente d'une vie qui ressemblerait à leurs rêves. Leur parcours professionnel, leurs problèmes familiaux, leurs atermoiements sentimentaux sont décrits avec une sensibilité infinie.
Et l'auteur maîtrise comme personne les bulles de voix-off, les cases en aparté, les dessins muets.
Et pour le coup, on en apprend beaucoup sur le monde des comics aux Etats-Unis, dans la mesure ou Ed, un des deux personnages principaux, commence dans cet album une carrière d'auteur de comics.
Au détour de scènes quotidiennes, Robinson parvient souvent à universaliser son propos, tellement les situations nous touchent. Et c'est avec peine et un pincement au coeur qu'on quitte Sherman et ses potes pour les laisser vivre leur vie.
Une oeuvre majeure, une réussite totale, incontournable pour les amateurs d'indépendants comme Seth, Adrian Tomine, Dupuy et Berbérian, voire le Larcenet du "combat ordinaire".