Houleux, comme une mer démontée à qui on aurait laissé quelques instants de répit, Dead Heart In A Dead World est une expérience étrange. Bâillonnant l'émotion d'un présent jusqu'à enliser nos doutes, laissant la rumeur d'une fin inéluctable s'installer en nos sens, ce disque prend sa source là où certains ont déjà renoncé. Savant moulage de blessures death, d'offensives thrash retenus par le noeud coulant d'égarements mélodiques, si l'aventure proposée ici prône avant tout la puissance, c'est également de violence poétique dont-il est question.
Peuplé de récifs brutaux, comme d'éclaircis improbables, l'entreprise abordée ici ne néglige aucun détail. Porté par les guitares d'un Jeff Loomis parvenant à faire pâlir l'ombre de délires inavoués, réussissant la communion parfaite entre fulgurances imprévisibles et amertume acoustique, l'album n'est en aucun cas indulgent avec lui-même. Sorte de lutte entre fièvre et mal qui tue à petit feu, ce ne sont pas We Desintegrate ou l'éprouvant Engines Of Hate qui devraient vous rassurer. Ici bas, pas de compromis gratuit, même lorsque la voix de Warrel Dane semble pondérer l'épreuve de force.
En fait, si Dead Heart In A Dead World peut être assimilé à une mosaïque inquiétante, c'est surtout pour sa capacité à jouer avec nos envies d'en savoir plus, d'aller de l'avant sur les sautes d'humeur d'une rythmique intraitable. Néanmoins, ce n'est pas toujours de la colère, dont il faut se méfier dans cet album, mais bien de cette mélancolie latente que l'on découvre au détour de fausses respirations, de types Insignificant ou Heart Collector. Avec quelques soli en distorsion avec l'espace temps, une compression de l'atmosphère continue, difficile de ne pas s'avouer vaincu lorsque l'attraction musicale se fait autant irrésistible.
Sombre d'aspect, techniquement irréprochable, rarement métal produit n'aura laissé de si profonds stigmates à celui ayant tenté de l'apprivoiser. Dans ce disque, plus qu'un sensationnel instrumentiste, Loomis se mute en véritable architecte de l'emprise pour un résultat effarant. Constamment sur le qui-vive, l'homme nous fait basculer d'un sursaut d'âme à l'autre, en tenant toujours compte de notre penchant pour les sanctions de haute volée. A l'exemple du superbe solo sur Inside Four Walls, on retiendra de ces moments de classe, l'instinct souterrain de Nevermore lui conférant l'aptitude de ne jamais brader son métal.
Album révélation, nous rendant captif de nos propres angoisses, Dead Heart In A Dead World brasse l'émotion jusqu'à la porter en extase. Ce ne sont pas Simon et Garfunkel qui vous diront le contraire.