Cette version blu-ray est paradoxale car le passage à la HD met particulièrement en valeur le grain de l'image originale, tournée en noir et blanc. Du coup, attention les yeux parce que ça fourmille énormément ! Pour le reste il n'y a rien à dire, notamment du côté sonore, qui rend tétanisante la musique de Neil Young. Le film est proposé en version française ou bien en VO sous-titré VF, mais il n'y a aucun bonus.
C'est l'histoire d'un jeune homme nommé William Blake (Johnny Depp) qui, en 1870, fait le voyage sur la côte ouest où il espère trouver du travail entant que comptable. Arrivé sur place, Blake a l'impression de débarquer dans une monde de fous, sans règles ni limites. Rejeté partout où il tente de s'intégrer, gravement blessé, il finit par abattre le fils du principal notable de la ville de Machine Town (Robert Mitchum, dans son dernier rôle) dans un geste de défense. Ce dernier lance alors sur lui les pires tueurs à gage de l'ouest. Dans sa fuite, il rencontre un indien cultivé : "Nobody". Celui-ci est persuadé que Blake est le célèbre poète anglais ! C'est le début de l'errance pour les deux hommes, reniés par leurs communautés respectives...
Du point de vue de la critique, "Dead Man" est un film très difficile à chroniquer dans la mesure où il ne déroule pas d'intrigue narrative proprement dite, se révélant totalement abstrait et de plus en plus opaque au fur et à mesure de ses 121 minutes.
L'ambiance mise en place par le réalisateur Jim Jarmush, malsaine et poétique à la fois, donne au spectateur l'impression d'errer comme dans un "trip" sous acide, le tout rendu encore plus onirique par les improvisations psychédéliques de la guitare électrique de Neil Young, qui assure tout seul la bande son du long métrage.
Toute possibilité de se raccrocher à la réalité demeure vaine au fur et à mesure que l'on s'enfonce dans une nature sauvage, qui semble n'être qu'un voile diaphane séparant le monde des vivants de celui des morts, dans lequel les personnages semblent tourner en rond en attendant la délivrance. Cet univers éthéré est par ailleurs peuplé de figures dégénérées aux gueules impossibles (Lance Henriksen, Iggy Pop, Billy Bob Thornton, Michael Wincott, Alfred Molina !), qui n'ont de cesse de le rendre plus inquiétant encore. C'est alors le moment de faire entendre de longs extraits des poèmes de William Blake...
"Dead Man" est incontestablement un voyage mystique sur le thème de la civilisation et de la mort, où l'on semble nous dire que, dès lors que nous sommes rejetés par notre communauté, nous sommes comme morts...
A l'opposé des stéréotypes du western, le film s'emploie au contraire à inverser systématiquement la perception que le spectateur peut avoir de ses icones et de sa dramaturgie habituelle. Du coup, les héros sont fuyants et aspirent à la spiritualité, là où leurs ennemis ne sont que des fous incapables de mener à bien un emploi quelconque, succombant à une sorte de violence primaire dès que l'occasion s'y prête. La civilisation, celle de l'Amérique naissante, est ainsi vue par Jarmush comme l'avènement d'une une ère industrielle brutale et impulsive, rongée par le vice. Vous souhaitez la rejeter ? Et bien vous êtes mort !
Voilà le thème principal du film.
D'un point de vue formel, "Dead Man" est de ces films qui se dévoilent un peu plus à chaque vision, où l'on remarque toujours davantage de détails sur le langage cinématographique employé par le réalisateur. D'une ouverture horizontale célébrant l'industrie à travers un train en marche à une fin horizontale montrant le duo de fuyards traverser une forêt de séquoias (des arbres qui survivent comme par miracle depuis des centaines de millions d'années en marge de la civilisation...), histoire de pointer l'allégorie de l'élévation (vers la nature, vers le spirituel, vers la mort...), ce n'est qu'un exemple parmi d'autres du travail de Jarmush sur les images et leur sens caché...