Ce recueil regroupe les 6 premiers épisodes de la série "Deadpool MAX", tous réalisés en 2010 par le scénariste David Lapham et l'illustrateur Kyle baker.
Le concept de la série repose sur une version du personnage hors-continuité, réservée à un public averti, beaucoup plus trash et jusqu'auboutiste que la série originelle.
Les six épisodes sont relativement indépendants et forment une sorte d'ensemble hétérogène, possédant plus un fil conducteur qu'une réelle histoire, au sens narratif du terme. Ces épisodes forment tout de même une trame linéaire qui apporte peu à peu des indications sur l'univers des personnages principaux. En refermant le livre, le lecteur aura appris les origines du personnage (version MAX !) et l'aura suivi au cœur de six missions très spéciales, surréalistes et particulièrement scabreuses...
Le but des auteurs est d'offrir au lecteur une relecture fraiche et originale du personnage de Deadpool, et par là-même de l'univers Marvel en réinterprétant certaines de ses figures, comme "l'Hydra", Le "Maître de corvée", le "Baron Zemo", "Hammerhead", "Domino" et "Cable". Parallèlement, ils désirent mener cet univers au départ assez déjanté au delà des limites du genre, en usant et abusant de la provocation et du mauvais goût les plus débridés.
Lapham en profite pour proposer une vision de notre monde extrême et radicale, mettant l'accent sur sa cruauté et sa violence. Je trouve qu'il s'agit là du côté le plus réussi de la série.
Enfin, le cinéphile averti repérera, quasiment dans chaque planche, un nombre assez impressionnant de références cinématographiques, notamment à
Vol au-dessus d'un nid de coucou (voir l'asile où Deadpool est attiré dans le deuxième épisode, avec le sosie de l'infirmière "Miss Ratched" !).
Pour le reste, gageons que cette série ne plaira pas à tout le monde, notamment du point de vue graphique. Le parti-pris esthétique de Kyle Baker, s'il correspond parfaitement à la teneur surréaliste du scénario et à l'ambiance générale de "Deadpool MAX", déplaira fortement au lecteur lambda habitué aux productions des comics mainstream, à base de beaux bonshommes musclés en slip et de belles bonnes-femmes à la plastique de rêve. Baker préfère au contraire maltraiter ces habituels canons à coup d'anatomie à peine esquissée, de décors laissés à l'état de photographies (histoire de critiquer les dessinateurs habituels de ce médium, qui se contentent souvent de masquer les photos qu'ils utilisent pour décalquer leurs décors...) par dessus lesquelles il colle ses figures à l'arrache. Il use et abuse de contrastes hypertrophiés entre le noir et blanc, les couleurs délavées et les teintes ultra-criardes. Attention les yeux !
Pour ma part, ce dessin ne m'a pas dérangé. Par contre je n'ai vraiment pas accroché à cette série au niveau du scénario. Je pense même l'avoir détesté.
Ce qui me dérange le plus, c'est qu'il n'y a pas d'histoire ! En tout cas pas au sens narratif du terme. Le scénariste me donne l'impression qu'il se contente d'esquisser un embryon de scénario afin de développer toutes les thématiques liées au personnage de Deadpool, et qu'il ne le fait que pour le plaisir de les manipuler, sans posséder dès le départ une vision globale de son histoire, avec un début, un milieu et une fin.
Pris un par un, les épisodes sont rattachés entre eux de manière souvent tirée par les cheveux. C'est d'ailleurs davantage la construction formelle de chaque épisode, identique, qui fait le lien de l'un à l'autre (le personnage de "Bob", l'acolyte de deadpool, reçoit les instructions de ses supérieurs pour une nouvelle mission au début. Il relaie ensuite la mission à son associé. Puis à la fin, il subit les retombées de cette mission de façon scabreuse...), davantage qu'un fil narratif.
Parallèlement, Lapham utilise ses épisodes pour nous asséner une critique de ce qui ne va pas dans le monde de manière complètement déconnectée des agissements de ses personnages. Le passage où Deadpool se retrouve à lutter contre les méchants républicains nazis et racistes, s'il pue la bienpensance à dix kilomètres et radicalise bêtement les extrémistes (sans une once de réflexion, j'entends, parce que c'est quand même cool de voir des nazis se faire démembrer...), se désintéresse complètement de son rapport avec le fil principal de la série. Au final, Deadpool apparaît comme un cheveu sur la soupe, zigouille tout le monde en trois cases et... C'est fini ! Terminé, y plus rien à voir ! Je n'appelle pas cela une histoire ! Oui, d'accord, c'est le côté "fun" qui prime ici. Mais personnellement, lorsque je lis un comicbook, moi je veux lire une histoire avant tout !
Et puis il y a cet humour. Je n'ai pas esquissé le moindre sourire du début à la fin face à cette débauche d'allusions salaces, d'excréments, de châtiments corporels et de sexualité déviante. Mettons-nous d'accord : Habituellement, la provocation et l'humour noir, le trash et le politiquement incorrect, j'adore ! Surtout en bandes-dessinées, univers narratif qui permet par essence une réelle distanciation par rapport au réel. Mais là, non. C'est trop gratuit, trop glauque, trop poussif.
Je mets tout de même 3 étoiles à l'ensemble, dans un souci d'objectivité...