Par ce beau et frais mois de mars, le prolifique Suédois Emil Svanängen nous revient avec le cinquième album de son groupe, Loney, Dear. Toujours entouré de musiciens talentueux (le bassiste David Lindvall, le batteur Ola Hultgren, les clavistes et chanteurs Samuel Starck et Malin Ståhlberg), l’ambition est là, démesurée, mais de cette subtilié que l’on pourrait qualifier de toute suédoise. Tout y est : cette manière de créer un univers autour de l’objet-disque, de captiver l’auditeur dans un déferlement de mélodies, ce sens toujours pertinent de la profusion orchestrale, le tout porté par des textes à la poésie souvent expressive… Et ce n’est pas des compatriotes comme I’m From Barcelona (avec qui Emil Svanängen a d’ailleurs collaboré) qui s’opposeraient à cette belle façon de faire.
« Airport Surroundings
» annonce la couleur dès les premières mesures : cet album sera lumineux, et irrémédiablement entraînant. Alternant des morceaux très rythmés comme
« Everything Turns to You » et des ballades comme «
Harm »,
Dear John trouve son équilibre en livrant aussi des morceaux comme
« Distant », où le rythme s’accélère progressivement en offrant une belle intensité d’expression. On doit aussi cette justesse au chant parfaitement maîtrisé d’Emil Svanängen, et à son sens de l’instrumentation, dont le trop est l’ennemi du bien, mais qui refuse la parcimonie mélodique. Cuivres et cordes se partagent le droit de conter les jolies histoires, parfois un peu tristes, d’un Loney, Dear toujours aussi mélancolique. L’émotion semblerait peut-être moins poignante que sur ses précédents albums, mais elle est là. Les larmes peuvent monter avec
« I Was Going Out » ou
« Under A Silent Sea ». Pour ne rien gâcher, Loney, Dear s’offre les services d’un violoniste qui ne peut passer inaperçu, Andrew Bird, sur
« I Got Lost ». Enfin, le titre éponyme clôt de façon assez grandiose le disque…
Dear John : ce titre est inspiré de l’expression américaine, « Dear John Letter ». Elle fait allusion aux lettres de rupture que pouvait recevoir un soldat parti au front durant la Deuxième Guerre Mondiale de sa femme restée au pays. Il s’agit donc ici de séparation, de départ… Peut-être celui d’Emil Svanängen lui-même ?
Dear John serait alors une superbe et désarmante lettre d’adieu – mais qui appelle irrésistiblement au renouveau.
Sophie Rosemont - Copyright 2012 Music Story