Un peu à la manière de ces romans qui nous prennent en otage, nous privent de toute liberté, certains disques ont la fâcheuse manie de nous rendre captifs après nous avoir captivé. Ainsi, si ce fut le cas pour beaucoup avec Epicus Doomicus Metallicus. Album qui donna au Doom ses lettres de noblesse. Depuis lors, il semble que Candlemass se soit mis entre parenthèses. Non pas au niveau qualité et succès, il va sans dire. Car nombre d'enregistrements produits par la formation de Leif Edling valent largement le détour (Nighfall, Kings of the Grey Islands, par exemple) Mais étonnamment parce que l'alchimie qui nous avait saisie en son temps ne s'est jamais renouvelée. Du moins, le croyait-on encore jusqu'à hier. Juste avant que les suédois décident de procéder à un nouvel équilibre des forces avec ce Death Magic Doom. Encore une fois, ne nous méprenons pas, rien de nouveau sous la robe de bure. Simplement une formule réinventée. Classique pour le genre. Mais quelle formule ! Celle dont on revient avec fièvre. Récompensé par tant d'attente et avec un seul mot à l'esprit « emprise »
Comme souvent, c'est le retour aux fondamentaux qui fait la différence. Aussi, rien d'étonnant à ce que suite à l'offensif If I Ever Die, le ciel se couvre de tragique dès le premier riff rampant de Hammer Of Doom. Désespéré, monumental, possédé, séquence au cours de laquelle chaque seconde semble s'étirer plus que la précédente, ce titre est un véritable plongeon dans le passé. Mais un passé digéré, revu, synonyme d'accomplissement. Sur le coup. L'espace d'un moment incarné. Ce sont les eaux pourpres du moulin de Mapledurham et les battements familiers d'un tocsin mangeur de vie que l'on réanime. Que l'on ressuscite, pourrait-on dire. Mais en arrière plan. Car Candlemass s'est depuis longtemps affranchi de cette matrice originelle en allant au-delà de l'ombre. Précisément, en signant une musique aux accents aussi insondables qu'uniques. Conséquence : bien plus sombre qu'un morceau à l'âme errante, ce marteau de Doom s'impose d'emblée comme la référence ultime pour tout chercheur d'oubli.
Habituellement, lorsqu'un morceau crée l'évènement, soit il élève l'album dont il est tiré au statut de secondaire, soit il en décuple la dimension. Et c'est exactement dans le cadre de cette dernière éventualité que ce disque se situe. Riche, mettant savamment en opposition climats tendus et défis à la noirceur, Death Magic Doom n'aura cesse de nous éblouir qu'une fois l'humeur symphonique de My Funeral Dreams apaisée. Effectivement, nous éblouir ? Car si les riffs, breaks, solos, voix ou claviers écrasent l'atmosphère sur House Of Thousand Voices et ne souffrent aucune comparaison avec le commun des mortels dans Demon of the Deep. Ce sont grâce aux quelques nuances progressives d'une certaine baronne, la slide guitar de Dead Angel, entres autres, que les gardiens du temple nous prennent définitivement en otages. Par ailleurs, que dire de Robert Lowe, dont le phrasé versatile emprunte autant au sacré qu'à l'enfer, si ce n'est : impressionnant.
Porté par un groupe qui a su puiser dans son histoire pour en faire un nouvel élan, Death Magic Doom nous offre l'occasion de renouer avec un Candlemass plus actuel que jamais. Construit sur un terrain fertile, imposant et épique, si l'exercice déjoue aussi bien tous les attendus, c'est surtout parce qu'il arrive parfois que d'une gangue connue puisse s'extraire un minerai imprévu.