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4.0 étoiles sur 5
la grande version récente, 17 janvier 2006
Ce commentaire fait référence à cette édition : Debussy : Pelléas et Mélisande (CD)
La critique parisienne est sortie de ces concerts en transe. On peut la comprendre, tant Bernard Haitink est d'abord un maître de l'orchestre, dessinant chaque phrase avec précision et élégance, équilibrant les pupitres et distribuant l'énergie magistralement, et ensuite un excellent interprète de Debussy. Sous la baguette d'un tel maître et "jouant à domicile" (salle et répertoire), l'Orchestre National de France apparaît sous son meilleur jour, surtout que l'écriture de Pelléas et Mélisande, avare de tutti qui exposeraient la pâleur et la maigreur de ses cordes, met en valeur ses qualités. Von Otter est une merveilleuse Mélisande. Son français est remarquable pour une non-francophone, sa voix est dans la lignée de celle de Von Stade : mezzo clair, sopranisant, à la couleur subtile. Mais Von Stade susurrait son rôle aux micros tandis que Von Otter perd un peu en finesse et en poésie à être enregistrée en public, où elle se projette vers la salle. Holzmair présente un profil vocal finalement bien adapté à Pelléas : celui d'un baryton assez léger, avec de bien belles harmoniques aiguës qui parent le timbre d'un brillant émaillé ténorisant. Son français à lui est nettement moins parfait, au point qu'on a l'impression que son personnage est toujours global et abstrait, jamais vraiment investi dans le moment, dans le mot présents. Le Golaud de Naouri, assez léger lui aussi, aura bien du mal à faire oublier Van Dam. Sa tendance à accentuer la parole jusqu'à hacher la ligne mélodique rappelle de plus en plus Dietrich Fischer-Dieskau (jusqu'aux consonnes surarticulées) dans ses compositions dramatiques virtuoses mais assez excentriques. Les autres interprètes, vieux routiers du chant français, sont très bons. Bref, ce coffret est superbe musicalement mais, théâtralement, boite un peu, entre des chanteurs qui en font un peu trop et d'autres peu charismatiques. Le dramatisme de Pelléas était juste entre les deux... Cette intégrale prend place aux côtés de celles de Karajan, Abbado et Jordan, sans qu'aucune des quatre l'emporte nettement sur les autres.
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4 internautes sur 4 ont trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5
Clarté et diction excellente... enfin, 3 janvier 2010
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Enregistré en Live avec Anne Sofie von Otter, cette version moderne enrichit notablement la discographie de cet opéra.
Haitink à près de quatre vingt ans en donnera une version scénique en 2007 sur 6 soirées consécutives dont 5 au TCE et une à Amsterdam (Quelle santé) !
La diction est parfaite, l'orchestre bien en place dépasse enfin, au disque, le simple rôle de fond sonore. En fait Seul Désormières en 1943 émeut autant malgré un son d'un autre âge.
Musicalement quasi idéal à coté de la conception de Karajan dont hélas les chanteurs ne sont guère familiers de la diction de Debussy mais où l'orchestre reste plus virtuose (Berlin) sous réserve de disposer d'un matériel audiophile pointu, exigence d'une prise de son trop diaphane.
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3 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile :
3.0 étoiles sur 5
Un concert mémorable, mais un enregistrement qui ne se démarque pas, 14 mars 2011
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Ce Pelléas et Mélisande a été enregistré en concert les 14 et 16 mars 2000 au Théâtre des Champs-Elysées, et diffusé sur les ondes de Radio-France. La prise de son est de bonne qualité. Elle bénéficie de l'ambiance propre à une salle de concert, les bruits du public étant manifestement filtrés.
La battue de Bernard Haitink est extrêmement lente. Ceci donne une sensation de grande transparence. Mais on aimerait que cette lenteur soit de temps en temps animée par une touche de passion. L'Orchestre National de France sonne très bien ; dans ce répertoire il n'a jamais été aussi bon.
Anne-Sophie von Otter (Mélisande) est je le rappelle une mezzo-soprano, alors que le rôle est écrit pour une soprano. Il est donc évident qu'à 45 ans cette suédoise ne tentera pas d'incarner une toute jeune femme. Elle développe donc sa belle voix assez sombre, nuancée, de vraie femme, avec des notes parfois vibrées. Elle ne réussit pas vraiment ses "Ne me touchez pas" introductifs à l'acte 1, ce qui arrive souvent à la scène, sans doute parce qu'il est difficile de se mettre d'emblée dans le personnage. A l'acte 3 elle chante "Mes longs cheveux" à la manière d'un air d'opéra, et non comme il le faudrait, c'est-à-dire comme une simple chanson. On aurait aussi pu souhaiter qu'elle prenne un parti, oie blanche, innocente ou enjôleuse. Mais peut-être se situe-t-elle, volontairement ou non, dans le discours final de Mélisande : "Je ne sais pas ce que je dis... je ne sais pas ce que je sais". Je salue son parfait respect de la prosodie du français, et ce sans accent perceptible.
A 48 ans, le baryton autrichien Wolfgang Holzmair est bien sûr un beau Pelléas, élégant, avec un timbre qui rappelle celui de Didier Henry chez Dutoit, mais en moins convaincant. Son français est lui-aussi excellent, avec une trace d'accent germanique sans importance, et ici et là une coquille de diction qu'on ne saurait vraiment reprocher. Rançon de l'âge, les aigus sont un peu difficiles mais "passent" toutefois, et peuvent même conférer un charme supplémentaire. Holzmair manque du zeste de fraicheur qui permet d'exprimer pleinement le ravissement ou la passion.
Laurent Naouri a un âge (36 ans) et une belle voix claire qui lui permettent de jouer un Golaud nullement vieux barbon. Je suis toutefois partagé le concernant. Il a pour lui une diction parfaite, et fait preuve d'une simplicité impressionnante de naturel, notamment au premier acte, pour exprimer avec l'élégance d'un seigneur l'interrogation bienveillante. Mais en même temps on a l'impression d'une sorte de distance voire même d'absence. Je pense que depuis 2000 Naouri a nettement approfondi le rôle et se l'est approprié (voir le DVD
Claude Debussy - Pelléas et Mélisande (Theater an der Wien 2009) dirigé par Bertrand de Billy), à moins que ce soit la scène et l'image qui rendent son style d'expression plus convaincant.
Alain Vernhes campe un Arkel plutôt mieux que la moyenne, doté d'un bel aigu comme d'un beau grave, capable de douceur comme de lyrisme. Il pourrait compter parmi les grands interprètes du rôle si son chant n'était affecté d'une diction hachée. Hanna Schaer (Geneviève) chante correctement, dans le style sobre voulu par Debussy, mais souffre d'un timbre peu attachant. Florence Couderc en Yniold conserve un timbre manifestement féminin, mais ceci demeure contenu dans des limites admissibles.
Il est clair que ceux qui ont assisté à ce concert ont vécu un moment extraordinaire, car l'affiche était de haut niveau. Mais si l'on compare cet enregistrement à la discographie abondante (et de qualité), la lucidité commande d'admettre qu'il n'émerge en rien du lot : Haitink est moins inspiré que les glorieux aînés tels que Ansermet ou Inghelbrecht ; et les rôles-titres sont certes très bons, mais sans jamais atteindre les sommets.
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