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5.0 étoiles sur 5
Outre la brève "Berceuse Héroïque" dirigée par Beinum (mai 1957)..., 12 septembre 2010
Ce commentaire fait référence à cette édition : Debussy : Oeuvres pour orchestre (Prélude à l'après-midi d'un faune - La Mer - Berceuse Héroïque - Images pour orchestre - Jeux - Danses...) (CD)
...le programme de ce double-album rassemble les trois disques que Bernard Haitink enregistra en décembre 1976, décembre 1977 et mai 1979.
En mars 1981, celui regroupant "Jeux" et "Nocturnes" reçut deux Gramophone Awards dans les catégories « best orchestral record » et « best engineered recording ».
Effectivement, l'acoustique du Concertgebouw fut captée avec une acuité qui rend parfaitement justice à la subtilité du travail prosodique que le maestro néerlandais avait accompli sur l'essentiel des partitions debussystes.
Rarement auront-elles été si méticuleusement analysées et restituées. La posologie des équilibres instrumentaux est d'ordre infinitésimal : Haitink prend le temps de décanter une lecture que rien ne brusque, ni précipite ni alourdit. La netteté des appels de violons au début de "Fêtes" !
C'est surtout la métronomie de ses tempi qui impressionne, comme si la musique devenait la manifestation audible d'une infrastructure rythmique.
Notez la régularité de la pulsation du "Prélude à l'après-midi d'un faune", telle une nutation narcissique qui contemple son ondoyant reflet.
L'accélération finale du "Dialogue du vent et de la mer" ferait presque violence à cette conception très unitaire de la temporalité, qui se perçoit plus lente qu'à l'accoutumée.
La précision du dessin s'aquarelle ici de teintes peu contrastées.
Certains chefs s'intéressent à la pâte de l'orchestration debussyste, certains à son coloris. Certainement plus pâle et moins matérialiste que la plupart, l'approche d'Haitink se concentre sur la luminosité, les nuances d'intensité et d'éclat.
Les climats sont suggérés plutôt que décrits : le règne de l'allusion et de la litote, de l'intelligence évocatrice, de la signification vaporeuse. Les oeuvres avec solistes bénéficient de la clarinette verlainienne de George Pieterson pour la "Rhapsodie", de la douce acupuncture de la harpiste Vera Badings dans les "Danses" sacrée et profane.
Si le Debussy d'Haitink étai un style pictural, il serait symboliste, voire préraphaélite. N'en point trop dire ni montrer semble l'enjeu interprétatif de ces impondérables "Images", animées à concurrence d'esquisse, distillées en serpentin d'alambic, aperçues à la fente d'une lanterne magique. "Gigues" économes, comme un brouillard givrant la lande. "Ibéria" se volatilise en impressions chimériques.
Peu de place pour la spontanéité dans la rigoureuse approche du maestro néerlandais. L'extrême raffinement de sa conception imprègne le moindre capillaire de ces oeuvres et les irrigue d'une sensibilité poétique autrement attachante que le tracé plus schématique qu'abstrayait Pierre Boulez (CBS).
Mon goût se porte vers les interprétations plus chamarrées de Jean Martinon ou Constantin Silvestri (Emi), plus palpables d'Inghelbrecht ou d'Ansermet.
Transposées dans un microcosme infiltré de mystère, les diaphanes réalisations d'Haitink me fascinent néanmoins pour leur atticisme. Peu d'autres peuvent leur être comparées, hormis peut-être Colins Davis à Boston, qui n'y grava hélas que "La Mer" et "Nocturnes".
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