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Noel et Liam Gallagher n'ont jamais caché qu'ils voulaient conquérir le monde. Et ils y sont parvenus dès leur premier album. Car Oasis, sur
Definitely Maybe est un double électrochoc pour le rock anglais. Si Noel sait composer (bien) et jouer de la guitare (très bien), les accents puissants et prolétaires de la voix de Liam donnent à "Rock'n'Roll Star" et à "Supersonic" un panache qui manquait en Angleterre depuis des lustres. Et comme les deux frères déjà se tapent tout le temps dessus, l'humeur est résolument électrique avec un "Slide Away" très Neil Young ou un "Cigarettes & Alcohol" à deux doigts du punk. Hargne et énergie habitent cet album étourdissant où la progression technique des musiciens se révèle effective. Celui aussi où les références aux Beatles sont les moins marquées.
François Bacherig
Critique
Sorti après quatre singles prometteurs,
Definitely Maybe ne laisse pas le doute s’installer. S’il symbolise, pour Noel, les espoirs d’un jeune prolétaire qui rêve d’accéder au rang de
Rock’n’Roll Star, il n’en reste pas moins une référence dans la catégorie des premiers albums qui ont propulsé leurs auteurs dans la cours des grands. Qui plus est, les 75 000 livres qu’il a coûté sont vite rentabilisées par les millions d’exemplaires vendus. Une réussite totale, tant sur le plan artistique que marketing. Encensé par la presse alors qu’il n’a encore sorti aucun disque, le groupe sait qu’avec cet album, il doit prouver au monde entier que sa réputation de nouvel espoir du rock anglais n’est pas usurpée. Pour cela, il s’en remet à l’aîné des Gallagher qui va pouvoir mettre enfin à profit toutes ces années passées dans l’ombre des Inspiral Carpets. Et notre homme connaît son boulot dont une partie consiste à s’entourer des bonnes personnes. Pour la production à laquelle il tient à participer activement, il fait appel à Mark Coyle, ingénieur du son rencontré lorsqu’il était roadie et avec qui il travaillait sur ses compositions après avoir réglé les balances des Carpets. Quant au mixage, il est confié à Owen Morris qui s’inspire de la technique qui a fait la gloire des Kinks, c’est-à-dire tout compresser au maximum. Le résultat est clair, net et d’une cohésion parfaite. Une rythmique impeccable à laquelle viennent s’ajouter la voix traînante de Liam et les rifs acérés d’un Noel trop heureux d’exposer enfin son travail au grand jour. Si la majorité des titres (
«Columbia»,
«Cloudburst» ou
«Digsy’s dinner») restent dans un tempo relativement proche des singles
«Supersonic»,
«Shakermaker» et
«Cigarettes & alcohol», Oasis n’hésite à jouer avec nos pulsations cardiaques (
«Bring it on down»,
«Rock’n’roll Star»,
«Up in the sky») ou à s’essayer à la ballade le temps d’un
«Married with children», d’un
«Slide away» ou d’un
«Live for ever» qui fait déjà office de standard. En onze titres, douze pour la version japonaise qui offre en bonus
«Sad Song», jolie ballade acoustique interprétée par Noel, Oasis marque son territoire et déclare au monde entier qu’il faudra maintenant compter avec lui. Jusque sur la pochette où il pose au milieu de certains de ses idoles dont George Best ou Burt Bacharach, le groupe adresse un pied-de-nez à ses détracteurs qui lui reprochent de trop sonner comme les Beatles, les Kinks ou encore le T-Rex de Marc Bolan dans l’intro de
«Cigarettes & alcohol». Une chose est sûre,
Definitely Maybe et ses quelques 57 minutes de rock brut suffisent à Oasis pour gagner ses lettres de noblesse.
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