Après le succès interplanétaire de
White Pony, le pinacle de la carrière des Deftones, quatuor formé à Sacramento (Californie) en 1988, la bande à Moreno désormais renforcé du Dj Franck Delgado déboule avec un 4ème album. Fidèles au règlement de la confrérie métallurgiste des Korn, Limp Bizkit et Cie, les Deftones offrent aux headbangers leur dose déructations rageuses et de rythmiques implacables comme cette introduction inhospitalière "Hexagram". Mais les fans hardcore devront sécarter de ce pré-carré pour apprécier les spirales électroniques de "Lucky You", le piano funèbre de "Anniversary of an Uninteresting Event" ou les riffs western spaghetti de "Deathblow", titres où les Deftones sacrifient leurs racines metal par amour du rock, de Radiohead à Cure, dOrnette Coleman à My Bloody Valentine. Minerva, single offensif et mélancolique au refrain implacable, reflète le périple aventureux des Deftones, désormais plus proche de la veine de feu Smashing P! umpkins et des expérimentations de Radiohead que de Slayer.
--Sabrina Silamo
Il aura fallu trois ans, après le superbe
White Pony, pour que sorte enfin le quatrième album des Deftones. Un temps annoncé sous le titre
Lovers, le disque porte finalement, tout bêtement, le nom du groupe… comme pour symboliser le manque de caractère de cet album quelque peu décevant au regard de son prédécesseur.
Après
White Pony, le groupe avait annoncé revenir au son agressif et « rentre-dedans » des débuts, ce qui avait le don de plaire à une partie des fans qui avait mal digéré le virage expérimental des Californiens. Or, il n’y a ici rien qui ait la ferveur juvénile d’
Adrenaline et seule subsiste une brutalité absurde : ainsi de l’ennuyeux
« Needles and Pins » ou le poussif
« When Girls Telephone Boys », sur lequels Chino Moreno hurle bêtement à s’en écorcher les cordes vocales. Surtout, après ce qui était leur
OK Computer, on pouvait attendre des Deftones qu’ils prolongent avec opiniâtreté les audaces de leur troisième album, quitte à s’aliéner une partie de leur public – ce qu’avait fait Radiohead avec
Kid A.
Au lieu de cela, c’est à une sorte d’entre-deux, de compromis que le groupe parvient. Le quintette de Sacramento reste cependant capable du meilleur et le prouve avec des morceaux à la fois puissants, nerveux et sensuels tels que
« Hexagram »,
« Minerva » ou
« Deathblow », dont le titre rappelle
« A Hundred Years » des Cure. L’influence de ces derniers se fait d’ailleurs par instants sentir, de même que celle des Smashing Pumpkins, dans les riffs amples et aériens des meilleurs morceaux (dont les trois susmentionnés) de ce disque. A côté des chansons à guitare (parmi lesquelles on remarque aussi
« Battle-Axe » et
« Bloody Cape »), se distinguent l’excellent et sombre morceau de trip-hop
« Lucky You », ainsi que la mélancolique ballade
« Anniversary Of An Unintersting Event », menée aux claviers (on pense aux Cure, à la dream pop des années 80) – une première pour le groupe.
Bien sûr, l’album n’est pas mauvais. A vrai dire, seuls deux morceaux sont foncièrement superfétatoires, et la deuxième moitié de l’album, plus éthérée et ambiante que la première, est par instants réellement captivante. Mais les Deftones n’ont pas franchi avec cet album éponyme le pas qu’on pouvait attendre après leur œuvre maîtresse de 2000.
Mikaël Faujour - Copyright 2012 Music Story