Cela fait quelques années que DM me déçoit. Même en sortant de très bons albums, on était loin de l'ahurissant triptyque Black Celebration, Music for the Masses et Violator, qui ont fait de ce groupe pop à succès un très grand groupe électro-rock. Ils semblaient avoir perdu la recette magique d'une production parfaite qui sublimait les textes de Martin Gore et la voix envoûtante de Dave Gahan, avec des albums qui avaient une véritable atmosphère, une grande cohérence, la faute certainement au malheureux départ d'Alan Wilder en 1995. Et depuis quelques années, leur association avec Ben Hillier me laissait perplexe, et les albums depuis Exciter ne m'excitaient guère...
Eh bien bonne nouvelle : ils l'ont retrouvée ! Enfin ! Et il y a un signe qui ne trompe pas : on a envie de réécouter cet album, chaque jour. Certainement un sort magique qu'ils avaient lancé pour créer Black Celebration et compagnie, et qui fonctionne de nouveau ici.
Même si le single Heaven semble lent et faible au départ, il reste vite dans les oreilles, et ce morceau magnifique est finalement bien à sa place dans cet album, et constitue l'une des belles ballades électro de cet opus. Il suit Angel, qui avait été le premier morceau à être présenté au public lors de la conférence de presse lançant la tournée, et annonçant l'arrivée de l'album. Celui-là à des faux airs de Personal Jesus, excusez du peu, et fera un malheur en concert ! Là aussi, les thèmes récurrents du groupe tournent en boucle sur cet album, sans jamais lasser : religion, souffrance, rédemption, etc... ("Pain and suffering in various tempo", comme il le disait sur la pochette de l'album Playing the Angel).
Le premier titre, Welcome to my World, commence fort, avant un premier couplet qui tombe comme un cheveu dans la soupe, et qui fait un peu peur... mais la suite est excellente, et on revoit même apparaître quelques violons sur un morceau de DM, ce qui marche toujours autant (cf le sublime "One Caress" sur SOFAD) - à quand un album plus "symphonique" avec un Wilder à la production...
Secret to the End est un morceau nerveux, avec un Dave à la voix grave, en due avec Martin Gore, et c'est vraiment excellent. My Little Universe est un morceau plus synthétique, quasi synth pop, qui rappelle pas mal de morceaux faits sous l'ère Hillier, mais en mieux. Slow, c'est le morceau plus "Delta" de l'album, très bluesy, aérien, envoûtant, bref tout aussi bon. Passer de la synth pop au blues, il faut le faire quand même ! Broken ensuite, un peu le Little 15 version 2013, avec Gahan toujours aussi bon au chant. Et à chaque album sa ballade Goresque, avec la voix mélodieuse de Martin sur The Child Inside, tout en douceur, qui calme l'album avant une seconde partie fantastique. Soft Touch/Raw Nerve démarre la seconde partie sur les chapeaux de roue, avec un Gahan en corrupteur en chef, très en forme sur ce morceau très nerveux, et qui donnera certainement des sueurs froides au batteur du groupe, Christian Eigner. Should Be Higher est un morceau où la voix de Dave Gahan n'a jamais été aussi haute justement, et est juste sublime (attention à ne pas trop forcer en concert !). Le morceau est très réussi, très bien rythmé, parfait. Alone ensuite, là aussi très nerveux, électronique, avec un choeur en duo avec Martin, l'un des plus beaux morceaux de Depeche Mode, tout simplement. Soothe My Soul sera le single suivant, et c'est un très bon choix (ce qu'ils ne font pas toujours). Il est très techno, avec son refrain qui fera un malheur en concert. Un morceau facile et efficace, et qui fera l'objet certainement d'excellents remixes, même s'il aurait mérité un peu plus de travail de production pour en tirer sa quintessence (le refrain cassant un peu le rythme du reste du morceau, et n'ayant pas la même texture et volume). Goodbye, le bien nommé, clôture l'album, et commence de manière quasi country (ce qui rappelle presque PJ), avant un refrain très électro, le tout donnant un morceau magnifique, l'un des meilleurs de l'album.
Et impossible de passer à côté de la version Deluxe de l'album qui, même si elle est moins imposante que celle de SOTU, contient trois morceaux qui feraient pâlir d'envie n'importe quel groupe, et que DM a mis en face B pour ne pas dénaturer l'album (ce qui n'enlève rien à leur qualité). Morceaux plus électroniques, techno, avec un Long Time Lie assez faible par rapport au reste, et un Happens All The Time qui a du mal à rester dans l'oreille. Always est une balade très techno de Martin Gore, certainement un résultat de sa collaboration avec Vince Clarke (fondateur du groupe parti en 1981 après Speak&Spell) sur VCMG. All That's Mine est aussi très techno, avec un Dave Gahan dans les graves, et en toute grande forme, certainement la meilleure face B de l'album.
Au final, cet album est très cohérent, très agréable à écouter, et donne envie d'effectuer plusieurs écoute sans lasser, ce qui est un signe d'excellence. On découvre tous ces nouveaux morceaux, ils restent progressivement dans l'oreille, et on se surprendra à le placer à côté d'autres albums mythiques du groupe. Vivement la tournée !