Le propos est ambitieux : comment aborder en bande dessinée un sujet aussi délicat que le génocide rwandais ? Il fallait tout à la fois une grande sensibilité, un réel amour des gens et une bonne connaissance de l'Afrique. Stassen se fait le porte-voix de tous ceux que la vie a oubliés dans les marges, jeunes en rupture (Le Bar du vieux Français) ou habitants des banlieues (Louis le Portugais). Déogratias n'est pas seulement une excellente BD. C'est, tout simplement, un grand livre. --Gilbert Jacques
Il y a longtemps qu'une BD n'avait pas eu la force et la profondeur de " Déogratias ". Titre-programme. Un travail ciselé de main d'orfèvre. Stassen a des comptes à régler avec plusieurs personnes, voire avec des pans de la société. Les personnages masculins sont nains et ridicules. Il fustige une certaine Eglise, se moque des militaires en manque de fantasmes, méprise la mentalité de " petit Blanc " des touristes et des " humanitaires ". Quand il ne les assassine pas à coups de crayon. Déogratias s'en charge.
Déogratias a toujours soif. La bière d'urwagwa ne l'étanche pas. Il n'arrive pas à se saouler. Sa conscience a beau être noyée dans les brumes de l'alcool, elle ne se tait pas. Hurlement sans fin. Il se transforme en chien. La société d'après le génocide ne remarque pas sa mutation. Il est fou. C'est facile. Cela a le mérite de simplifier les choses. D'oublier le passé. Mais lui n'oublie rien. Victimes et bourreaux se saluent dans la rue d'un " uraho " , toujours vivant ?
Seules les femmes sont épargnées. Stassen les aime, souffre pour elles. Il les croque belles, vivantes. Humaines. A un moment, elles se cachent sous les latrines des hommes. C'est dire la place qu'elles occupent dans l'esprit des exterminateurs. Et des autres. La lumière chaude de certaines planches contribue à rendre encore plus glauque, plus sordide l'ambiance générale.
Un livre (oui, un livre) à acheter, à offrir ou se faire offrir d'urgence. Inutile d'attendre Noël pour lire intelligent. --Mohamed Berkani--
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2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile
4.0 étoiles sur 5
Mal aux tripes,
Par Un client
Ce commentaire fait référence à cette édition : Deogratias (Cartonné)
A n'en pas douter, on reparlera de Déogratias au prochain festival d'Angoulême. Un prix pour la collection «Aire Libre» ne serait que justice tant on n'y trouve que du bon, voire de l'excellent avec cette ½uvre signée Stassen. Rwanda, années 90. Hutus et Tutsi, les deux ethnies se partageant le pays se détestent de plus en plus. La mort du président déclenche une guerre civile horrible. Près d'un million de Tutsis sont massacrés en quelques jours. Derrière ces chiffres se cachent des vies. Stassen nous en fait découvrir quelques-unes : Déogratias, jeune Hutu, ami de Bénigne, belle Tutsi, et amoureux d'Appolinaire, métisse et demi-s½ur de Bénigne. Autour du drame gravitent des religieux belges et des militaires français. Amour, haine et mort : cette BD vous prend aux tripes ; entrailles qui servent de festin aux chiens africains...
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1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5
Froid dans le dos…,
Ce commentaire fait référence à cette édition : Deogratias (Cartonné)
Le graphique simple de Stassen dramatise encore plus les situations décrites. Aussi, l’histoire donne un visage à toutes ces violences, et le mot est faible, que l’on a vu de si loin et si impersonnelles.
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