Le lecteur d'Irving ne sera pas surpris par ce nouvel opus. On se retrouve en effet en terres connues, le Canada, le New Hampshire, l'université d'Exeter, la lutte, les ours, les femmes qui élèvent seuls leurs enfants après l'abandon de pères indignes, etc... La différence ici est une sorte de recul sur les évènements qui viennent toucher les protagonistes de ce roman d'amours infinis, et d'accidents qui modèlent l'existence. D'abord il y a la nature, les arbres, la glace, les tourments de la rivière, les saisons, le blizzard, et les troncs d'arbres guidés sur les rivières par les "draveurs" dont Ketchum, colosse au coeur tendre est un des plus emblématiques. Son ami est cuisinier, et à eux deux ils élèvent le jeune Daniel, qui deviendra plus tard Danny Angel, un célèbre romancier qui ressemble furieusement à John Irving.
Un flic débile , alcoolique et violent cherche des ennuis à Daniel et son père, ce qui les contraint de s'exiler dans le Nord de l'Amérique, jusqu'à un âge avancé ce qui n'empêchera pas ce flic du nom de Carl, surnommé Cow Boy à cause de son Colt 45, de les retrouver.
Il y a des morts tragiques dans ce roman très dense, succession d'histoires échelonnée des années 50 à nos jours, des accidents selon la logique irvingienne, de belles histoires d'amours qui naissent meurent, ou d'autres qui s'imposent comme une évidence. Ce livre est aussi celui de la tolérance entre cultures, les "natives americans", les indiens..., mais aussi les italiens, les asiatiques, et les autres... On découvre grâce à ce kaléidoscope différents types de gastronomies, et au passage le goût de John Irving pour la cuisine.
Contrairement à ce qui a pu être écrit ici ou là, ce roman est tout sauf un roman de vengeance. C'est un roman d'amours infinis et de fidélités, robustes et brutes comme la nature servie par ces hommes plus intelligents et plus tendres que l'image caricaturale du bûcheron ou du draveur laisse à penser.
Les plus : le côté picaresque, truculent, humoristique bien sûr, mais également presque shakespearien cette fois d'un roman aux personnages éblouissants, dont ces femmes extraordinaires, Daisy, Amy, Charlotte, Pam Pack de Six, Tombée du ciel, ....Surtout un montage littéraire du roman au cordeau avec un travail de conception fabuleux. On est tenu en haleine du début à la fin de l'oeuvre. L'humour omniprésent qui compense le caractère désespéré de l'existence.
S'il fallait un moins : le côté autoanalyse du travail de l'écrivain, certaines descriptions un peu longues, les analyses politiques et opinions sur Bush pas vraiment nécessaires et un peu décalées ici.