La lecture de ce livre est éprouvante, à l'image de la douleur qu'elle décrit: on a l'impression d'une vis sans fin. Cette auto-dévalorisation assumée qui fait d'un très jeune homme son propre bourreau est envahissante comme un cancer. Gonzague ne peut s'empêcher, et c'est très bien ainsi, de réfléchir à cette douleur avec la culture médicale qui est la sienne. il aurait peut-être pu, de ce point de vue, décrire avec plus de précision les diverses stratégies de dissimulation employées par lui-même durant toutes ces années, et mieux expliquer la dynamique qui l'a conduit à s'en sortir. On aurait souhaité également davantage de contextualisation: quelle était son existence sociale? Pourquoi la très faible place de l'école dans son récit? A quoi employait-il ses loisirs? Qu'eest-ce qui a pu en définitive le rattacher aux autres? Le fait qu'il ne s'exprime que très peu sur ces questions est sans doute en lui-même révélateur. Que des enfances soient ainsi dévastées par la honte et l'auto-dévalorisation, que des familles souffrent en retour d'une terrible culpabilité rétrospective, cela nous indique amplement ce qu'il nous reste à faire pour sortir du Moyen-Age. Au fond, c'est aux parents que ce récit s'adresse d'abord. A mettre entre les mains de tous les jeunes papas et mamans, simplement à titre préventif. Ce serait une mesure de ssalubrité publique.