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Des esclaves énergétiques: Réflexions sur le changement climatique
 
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Des esclaves énergétiques: Réflexions sur le changement climatique [Broché]

Jean-François Mouhot , Jean-Marc Jancovici
3.8 étoiles sur 5  Voir tous les commentaires (5 commentaires client)
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Descriptions du produit

Présentation de l'éditeur

Ce livre explore les liens historiques et les similarités entre esclavage et utilisation contemporaine des énergies fossiles et montre comment l'histoire peut nous aider à lutter contre le changement climatique. Il décrit d'abord le rôle moteur de la traite dans l'industrialisation au XVIIIe siècle en Grande-Bretagne, puis explique comment l'abolition de l'esclavage peut être pensée en lien avec l'industrialisation. En multipliant les bras "virtuels"des nouveaux esclaves énergétiques que sont les machines ont en effet progressivement rendu moins nécessaire le recours au travail forcé. L'ouvrage explore ensuite les similarités troublantes entre l'utilisation des énergies fossiles aujourd'hui et l'emploi de la main-d'oeuvre servile hier, et les méthodes utilisées par les abolitionnistes pour parvenir à faire interdire la traite et l'esclavage. Ces méthodes peuvent encore inspirer aujourd'hui l'action politique pour décarboner la société. "Un livre brillant en même temps que profondément troublant, fondé sur une série de comparaisons extrêmement perspicaces et imaginatives entre esclavage et énergies fossiles. Les conclusions sont tout autant convaincantes qu'inquiétantes" - David Brion Davis, Université de Yale.

Biographie de l'auteur

Jean-François Mouhot est Docteur en histoire de l'Institut Universitaire Européen. Il est chargé de recherches à l'Université de Georgetown (Washington) et à l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales à Paris. Son premier livre, Les Réfugiés Acadiens en France (1758-1785) (Septentrion, 2009) a obtenu le prix Pierre Savard 2010.

Détails sur le produit

  • Broché: 160 pages
  • Editeur : Editions Champ Vallon; Édition : 1re (22 septembre 2011)
  • Collection : L'environnement a une Histoire
  • Langue : Français
  • ISBN-10: 2876735547
  • ISBN-13: 978-2876735545
  • Moyenne des commentaires client : 3.8 étoiles sur 5  Voir tous les commentaires (5 commentaires client)
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Commentaires client les plus utiles
5 internautes sur 5 ont trouvé ce commentaire utile 
Format:Broché
Nos propres descendants nous appeleront-ils un jour des barbares ? D'aucunes mauvaises langues diraient sûrement qu'ils auront un paquet de raisons de le faire, mais l'auteur se concentre sur l'une d'entre elles, qui n'est peut-être pas la plus évidente pour le profane : l'utilisation des combustibles fossiles. En effet, ces derniers, à l'origine de l'essentiel de nos émissions de gaz à effet de serre, sont bien parties pour conduire à une déstabilisation violente de notre environnement (y compris sanitaire, social et politique) dans un avenir plus ou moins proche.

Dans ce petit livre passionnant, qui se lit très facilement, l'auteur explique que, au fond, notre amour de la machine à vapeur et de ses descendants nous rapproche fortement des sociétés esclavagistes, tant les parallèles sont nombreux :

l'esclavagisme a, comme les combustibles fossiles, favorisé l'émergence des sociétés industrielles, en fournissant des denrées essentielles à l'essor des usines, notamment le coton (car les débuts de l'industrie sont fortement liés à la création de la machine à tisser),

l'utilisation des esclaves permettait d'avoir un surplus de force mécanique pour les "hommes libres", surplus désormais fourni par les machines fonctionnant grâce aux combustibles fossiles,

l'esclavagisme avait des côtés immoraux, puisqu'il causait la souffrance d'une partie des hommes au profit d'une partie des autres, exactement comme l'extraction des combustibles fossiles, et surtout le changement climatique futur lié à leur utilisation, fera souffrir une partie des hommes au bénéfice d'autres,

Dans un cas comme dans l'autre des partisans du statu quo tent(ai)ent de minimiser les inconvénients du système

Puisque nous avons tant de mal, aujourd'hui, à nous passer de combustibles fossiles, comment expliquer que nous ayons réussi à nous passer d'esclaves ? Tout simplement parce que ces derniers ont été supplantés, par la suite, par les machines... utilisant des combustibles fossiles. Cette hypo(thèse) est étayée par de nombreuses références historiques, même si, dans un premier temps, les deux usages (combustibles et esclaves) se sont plutôt renforcés l'un l'autre (grâce aux débuts des industries textiles utilisant du coton, et grâce aux bateaux à vapeur favorisant le commerce transatlantique) qu'opposés.

Un autre enseignement très utile de ce livre, qui s'applique directement à l'avenir cette fois-ci, est l'analyse de la manière dont les deux pays les plus concernés par la traite des Noirs (les Etats Unis et la Grande Bretagne) ont adopté des stratégies de sortie totalement différentes.

Aux Etats Unis, les partisans de l'abolition étaient dans une stratégie du "tout ou rien", avec pour résultat qu'il a fallu en passer par une guerre civile pour que l'esclavagisme soit aboli, et que la suite de l'histoire a été une politique de ségrégation qui, dans ses formes les plus dures, a été aussi violente que l'esclavagisme ou presque,

En Grande Bretagne, les adversaires de l'esclavagisme ont suivi une politique des petits pas, mais au final ont obtenu l'abolition plus vite qu'aux USA et sans guerre.

La conclusion, même si elle n'est qu'en filigrane, semble claire : pour sortir les combustibles fossiles de notre économie, une succession de mesures pragmatiques et graduelles semble plus assurée de nous amener le succès que la poursuite du Grand Soir, qui ne permettra d'obtenir le but recherché qu'au prix d'une profonde cassure dans la société.
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3 internautes sur 4 ont trouvé ce commentaire utile 
Par costille
Format:Broché
Le titre de l'ouvrage de Jean-François Mouhot intrigue tout de suite, et ce n'est pas le sous-titre qui lève le doute : "réflexions sur le changement climatique". Le livre présente donc une thèse qui, formulée brutalement, peut surprendre : pétrole et charbon ont-ils été la cause profonde des envies abolitionnistes ? En d'autres termes, est ce que l'on a abandonné l'esclavage parce qu'on avait réussi à trouver une nouvelle force de travail, à savoir les machines ?

Bref, nous utilisons des machines et cela nous semble logique, tout comme des hommes utilisaient auparavant des esclaves. Chaque Européen disposerait de l'équivalent de 100 domestiques en permanence qui s'appellent machines d'usine, chauffage central'

Après tout, quel est finalement le problème ? Et bien, c'est là qu'intervient justement la question du changement climatique. L'homme n'avait pas envisagé les conséquences négatives de l'utilisation des machines. Il a du mal aujourd'hui à passer à autre chose, à renoncer aujourd'hui à une consommation énergétique génératrice de problèmes, tout comme auparavant l'homme avait eu du mal à renoncer à l'esclavage. Comme il s'agit d'une thèse qui peut surprendre, on a envie parfois, au fur et à mesure qu'on progresse dans la lecture, d'avoir en face l'auteur pour le questionner. On a l'impression de lire une nouvelle déclinaison de la ruse de l'histoire. L'histoire montre une nouvelle fois que les « solutions » technologiques d'une époque se sont révélées plus d'une fois les problèmes du lendemain.

La révolution industrielle autorisa une amélioration des conditions de vie, qui elle même put entrainer une plus grande sensibilité vis-à-vis des conditions de vie des esclaves. Pour expliquer la révolution industrielle, Jean-François Mouhot fait référence aux travaux de Kenneth Pomeranz, mais montre aussi combien la question est loin d'être tranchée. Rappelons que l'auteur américain entend démontrer par l'idée d'hectare fantôme que « les produits exportés des plantations du Nouveau Monde se révélèrent essentiels pour l'approvisionnement en ressources nécessaires à l'industrialisation ». En somme, la Révolution industrielle fut rendue possible par cet approvisionnement extérieur d'où le nom d'hectare fantôme. Jean-François Mouhot est très prudent et souvent éprouve le besoin de dire « je n'affirme pas »' (page 39, page 41), "je n'essaye pas de démontrer" (page 81) et il évite, par exemple, de lier trop directement développement des machines et abolition de l'esclavage. Il utilise lui-même l'image de la poule et de l'œuf car, lorsque la force de travail se fait rare, cela a pour résultat d'encourager les inventions qui économisent le travail et vice versa.

Le livre se poursuit sur cette comparaison, a priori, iconoclaste. Pourtant, « les esclaves d'hier et nos machines actuelles remplissent des rôles économiques et sociaux similaires à l'intérieur des sociétés ['] tout comme les sociétés esclavagistes les pays développés externalisent le travail ». L'auteur montre ainsi qu'aujourd'hui nous avons maintenant connaissance des dégâts occasionnés par les machines mais, pour autant, nous continuons à les utiliser, et sommes dépendants de l'énergie, là où d'autres hommes, en d'autres temps, étaient paradoxalement dépendants de leurs esclaves. Sans jamais être moralisateur, Jean-François Mouhot se demande quand même quel sera le regard que porteront les hommes de demain sur notre attitude actuelle.

Il développe enfin l'idée qu'il faut s'inspirer des méthodes utilisées pour parvenir à l'abolition de l'esclavage afin de réussir la transition énergétique. Ainsi, il montre que les positions de compromis ont été plus payantes que les extrémismes. Il doute néanmoins des petits pas et compare la valorisation des circuits courts dans l'alimentation d'aujourd'hui à l'attitude de ceux qui, au temps de l'esclavage, refusaient d'acheter du sucre ou du coton produits par des esclaves. Plus provoquant encore, il se demande pourquoi ne pas considérer le changement climatique comme une opportunité de changer plutôt que seulement comme une contrainte ? Cette partie est la plus rapide de l'ouvrage et appellerait sans doute des compléments.

Au total, il s'agit d'un livre stimulant qui surprendra sans doute, agacera peut-être par le rapprochement fait entre des phénomènes qui pourraient sembler très éloignés. Mais, de toutes façons, quel que soit votre état d'esprit à la fin de l'ouvrage, vous repenserez et aurez sans doute envie de prolonger pour voir si la thèse tient, ou non, ou quelles précisions elle demande. C'est sans doute la grande réussite de ce livre de ne pas être fini quand la dernière page est tournée. Il ne peut laisser indifférent à la fois par sa manière de revisiter deux questions actuelles sensibles (l'esclavage et le réchauffement climatique) et de façon plus globale par le champ d'interrogations qu'il ouvre en décloisonnant la pensée.
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3 internautes sur 4 ont trouvé ce commentaire utile 
Par S. Jean
Format:Broché
Ce chercheur fait un parallèle impressionnant entre la dépendance de la société du XVIII et XIX siècle avec l'esclavage, et notre dépendance d'aujourd'hui avec les esclaves énergétiques des carburants fossiles.

Avant la société savait que ce n'est pas bien d'avoir des esclaves, mais pour autant acceptait cet état de fait (on ne peut pas faire autrement...) jusqu'à ce que les idées abolitionistes deviennent majoritaire pour enfin interdire l'esclavage. Aujourd'hui les scientifiques nous disent que si on ne veut pas bousiller le climat de la planete pour nos enfants nous devons fortement reduire notre consommation de carbone, et pourtant cette consommation de carbone continue à augmenter (le CO2, comme pour les esclaves, on ne peut pas faire autrement...). Comment faire évoluer notre société actuelle vers la société sans carbone, quelle leçon retenir pour abolir ces esclaves carbone?

Une façon nouvelle et stimulante de porter le message de réduction de nos émissions de carbone et du changement de société à opérer.
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