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À la toute fin des années 1970, une infirmière prend son poste au cur de la Charente-Maritime, de La Rochelle à Nieul. Pays d'agriculteurs, de pêche, d'ostréiculteurs, de cultivateurs, d'hommes et de femmes aux mains calleuses, certains poursuivant les traditions, d'autres empruntant les chemins de la modernité (telle que la monoculture intensive). Des êtres qui tour à tour vont se livrer, se confier à cette jeune infirmière à l'occasion de ses tournées le long de la mer, dans la campagne, suivant le rythme des marées, se remplissant d'odeurs d'algues et de coquillages. Des tournées qui plongent directement la narratrice dans l'intimité de ces gens en souffrance, de petites gens, anonymes pour beaucoup, mais qui n'en méritent pas moins un attachement (et donc un portrait brossé par la narratrice).
Jusque-là, Catherine Lépront avait tourné autour des travers de l'humanité, traquant la mesquinerie, la jalousie, la prétention et l'ambition, s'appuyait sur les milieux culturels (dans Le Café Zimmermann ou bien Le Cahier de moleskine noire). Cette fois, elle embrasse une autre humanité, celle des gens du monde, tels qu'ils sont, dans leur quotidien, avec leur simplicité, leurs douleurs, les petits tiraillements familiaux et professionnels, leurs habitudes. Avec un il clinique d'infirmière, un il pudique aussi, sans pathos et chargé de compassion. --Céline Darner
Jusque-là, Catherine Lépront avait tourné autour des travers de l'humanité, traquant la mesquinerie, la jalousie, la prétention et l'ambition, s'appuyait sur les milieux culturels (dans Le Café Zimmermann ou bien Le Cahier de moleskine noire). Cette fois, elle embrasse une autre humanité, celle des gens du monde, tels qu'ils sont, dans leur quotidien, avec leur simplicité, leurs douleurs, les petits tiraillements familiaux et professionnels, leurs habitudes. Avec un il clinique d'infirmière, un il pudique aussi, sans pathos et chargé de compassion. --Céline Darner
Présentation de l'éditeur
Il y a vingt ans, Catherine Lépront a été infirmière libérale dans un petit village de Charente-Maritime, Nieul. Elle avait vingt-sept ans. Lexpérience a duré cinq ans. Après avoir travaillé à lhôpital, elle avait, en effet, décidé de sinstaller dans une région défavorisée socialement, rurale, pauvre, au bord de la mer. Les usines ferment, la pêche ne rapporte plus, la population vieillit. On construit des cités, des logements sociaux, le paysage pourtant reste beau, surtout sous le regard poétique de lauteur, alors jeune femme pleine dénergie, de générosité, dattention. Elle vit seule avec deux petites filles en bas âge. Cest le médecin du coin, le Docteur Rivière, qui la convaincue de travailler là.
Le livre, admirable, émouvant, raconte cette vie de tournée, du matin au soir, heure par heure, année par année. Les chapitres sont des portraits, ou plutôt des tableaux. Et lensemble constitue un roman assurément, un roman danalyse humaine et sociologique, avec des personnages saisissants, mais aussi une étude de la vie pauvre, à la fois au sens balzacien (étude de la vie de province) et au sens sociologique. Le livre pourrait avoir sa place dans la collection Terre humaine, à côté douvrages mémorables. Mais lécriture est dune telle force poétique et émotionnelle quon est, bien sûr, au cur de la littérature.
Les personnes que lauteur soigne appartiennent à toutes les classes dune population habitant dans un village et aux alentours. Étant donné la région, il y a des pêcheurs, des ostréicultrices, des jardiniers, des cultivateurs, des ouvriers, mais aussi des tziganes de passage, des bigotes, des châtelaines abandonnées, des notables, le maire, des chiffonnières, des sans abri qui se réfugient dans une abbaye à labandon, des gens de maison, des putes à marins, des femmes de ménage, la maîtresse dun curé qui lui a fait deux enfants... Enfin, tout un univers.
On est en 1980, Mitterrand va être élu : espoirs démesurés, craintes névrotiques. Par touches élégantes, vives, humoristiques, mais surtout très profondément humaines, Catherine Lépront décrit la vie dun village avec, pour dominantes, la maladie, la mort. Mais toutes les maladies ne sont pas mortelles: souvent la visite de linfirmière est celle dune jeune amie, dune confidente.
La vie personnelle de lauteur nest évoquée que très indirectement, car là nest pas lobjet du livre. il y a de brefs retours à lenfance: le grand-père, médecin, modèle de lauteur (qui lui a consacré son livre le Passeur de Loire), et la grand-mère, exemple dhumanité. Ce nest pas un livre compassionnel (car il y a des coups de patte un peu agressifs et le regard de Catherine Lépront. est parfois dur, impitoyable), mais il manifeste une compréhension unique de la souffrance, de la détresse, de la folie. Folie de la mort attendue (Eulalie), de la mort niée (Marguerite, vieille femme qui est restée fidèle à son fiancé mort en 1914), de lamour pour un enfant, de la maladie conjurée... Étrangetés: un homme qui change de sexe et se fait injecter des hormones, une dame de compagnie hommasse et sympathique, la maquerelle Lily Macao... Personnages pittoresques à la Tati: un facteur toujours saoul, un gendarme espérant toujours verbaliser... Modèles de véritables sains: la chiffonnière polonaise Chaya Dolorosa, ou Louise la Servante.
Le livre, admirable, émouvant, raconte cette vie de tournée, du matin au soir, heure par heure, année par année. Les chapitres sont des portraits, ou plutôt des tableaux. Et lensemble constitue un roman assurément, un roman danalyse humaine et sociologique, avec des personnages saisissants, mais aussi une étude de la vie pauvre, à la fois au sens balzacien (étude de la vie de province) et au sens sociologique. Le livre pourrait avoir sa place dans la collection Terre humaine, à côté douvrages mémorables. Mais lécriture est dune telle force poétique et émotionnelle quon est, bien sûr, au cur de la littérature.
Les personnes que lauteur soigne appartiennent à toutes les classes dune population habitant dans un village et aux alentours. Étant donné la région, il y a des pêcheurs, des ostréicultrices, des jardiniers, des cultivateurs, des ouvriers, mais aussi des tziganes de passage, des bigotes, des châtelaines abandonnées, des notables, le maire, des chiffonnières, des sans abri qui se réfugient dans une abbaye à labandon, des gens de maison, des putes à marins, des femmes de ménage, la maîtresse dun curé qui lui a fait deux enfants... Enfin, tout un univers.
On est en 1980, Mitterrand va être élu : espoirs démesurés, craintes névrotiques. Par touches élégantes, vives, humoristiques, mais surtout très profondément humaines, Catherine Lépront décrit la vie dun village avec, pour dominantes, la maladie, la mort. Mais toutes les maladies ne sont pas mortelles: souvent la visite de linfirmière est celle dune jeune amie, dune confidente.
La vie personnelle de lauteur nest évoquée que très indirectement, car là nest pas lobjet du livre. il y a de brefs retours à lenfance: le grand-père, médecin, modèle de lauteur (qui lui a consacré son livre le Passeur de Loire), et la grand-mère, exemple dhumanité. Ce nest pas un livre compassionnel (car il y a des coups de patte un peu agressifs et le regard de Catherine Lépront. est parfois dur, impitoyable), mais il manifeste une compréhension unique de la souffrance, de la détresse, de la folie. Folie de la mort attendue (Eulalie), de la mort niée (Marguerite, vieille femme qui est restée fidèle à son fiancé mort en 1914), de lamour pour un enfant, de la maladie conjurée... Étrangetés: un homme qui change de sexe et se fait injecter des hormones, une dame de compagnie hommasse et sympathique, la maquerelle Lily Macao... Personnages pittoresques à la Tati: un facteur toujours saoul, un gendarme espérant toujours verbaliser... Modèles de véritables sains: la chiffonnière polonaise Chaya Dolorosa, ou Louise la Servante.