« Des gens sans importance » comédie dramatique de Henri Verneuil (1955-1h41). Musique : Joseph Kosma
Scénario : Henri Verneuil, François Boyer et Serge Groussard (d'après son roman). Photo : Louis Page
avec : Jean Gabin (Jean Viard), Françoise Arnoul (Clotilde Brachet), Pierre Mondy (Pierrot Berty), Yvette Etiévant (Solange Viard), Dany Carrel (Jacqueline Viard), Jacques Marin (Armand), Barchandeau (Paul Frankeur)...
Un conducteur de poids lourds, Jean Viard (Jean Gabin) fait régulièrement le trajet Paris Bordeaux et retour avec son coéquipier Pierrot Berty (Pierre Mondy). Ils ont l'habitude de s'arrêter au relai routier, « La caravane » tenu par Barchandeau (Paul Frankeur), pour casser la croûte et dormir un peu. Pour Jean la vie est sans saveur, un travail dur et routinier, une vie de famille difficile avec sa femme Solange (Yvette Etiévant), sa fille Jacqueline (Dany Carrel) qui le rejette et son fils encore bien jeune. La nouvelle bonne du relai,Clotilde (Françoise Arnoul), se prend d'affection pour Jean et, à la longue, ils finissent par tomber amoureux l'un de l'autre...
Henri Verneuil (1920-2002) réalise 41 film en 43 ans de carrière dont 5 avec Jean Gabin, outre celui-ci :
Le president ,
Un singe en hiver ,
Mélodie en sous-sol ,
Le Clan des Siciliens... Avec Françoise Arnoul, outre celui-ci :
Le fruit défendu (Fernandel) et
Les amants du Tage (Daniel Gelin)... Et aussi 7 avec Fernandel :
La Vache et le prisonnier , Le Grand chef ,
Le Mouton à 5 pattes , L'ennemi public n°1 ,
Le boulanger de Valorgue,
La table aux crevés et Le fruit défendu (déjà cité avec Françoise Arnoul).
Gabin, durant toute sa carrière (98 films de 1928 à 1976), est surement l'un des acteurs qui a interprété, à l'écran, le plus de métiers divers en plus des rôles de truands (plus de 50) dont 7 commissaires, 6 truands, en passant par juge pour enfants et Président de tribunal, majordome, industriel, patron de presse, réparateur de vélos, hôtelier, Président du conseil, paysan, anarchiste, éducateur, mareyeur, avocat, médecin etc...
"Des gens sans importance" est réalisé un an après "Gas-oïl" de Gilles Grangier qui se passait déjà dans le milieu des routiers. Mais "Gas-oïl" est un film d'action avec un scénario policier sur lequel les dialogues signés Michel Audiard font mouches. "Des gens sans importance" s'inscrit plutôt dans le mélo le plus pur en déroulant son histoire sur des routes balayées par la pluie, par le vent, dans des décors plus que gris et même la banlieue où réside Jean entre dans ce moule de tristesse avec son logement et sa famille qui complètent le tableau avec un réalisme déprimant. On comprend vite la désespérance de Viard qui vit dans son camion sans confort et « bouffe » du kilomètre et qui, de retour chez lui, mène une existence encore plus grise et plus sinistre. Aussi, Clotilde qui l'attend dans le relai routier devient vite sa bouée de sauvetage et son rayon de soleil.
A la première lecture, tout m'a déplut en raison de l'atmosphère déprimante dans laquelle baigne le film. Je l'ai revu à nouveau et cette fois, connaissant déjà l'histoire, je me suis intéressé à la mise en scène et à la multitude de détails qui l'entoure. Si la tristesse est permanente, pour l'ambiance générale, le métier du réalisateur et de sa vedette principale permet de décrire avec tendresse la vie de ce couple éphémère qui s'enfonce dans le désespoir. Pierre Mondy, jeune lauréat de la Comédie Française, s'efforce de tenir sa place mais, c'est surtout Françoise Arnoul en pauvre fille, d'abord triste et solitaire, puis amoureuse et heureuse, enfin en désespérée courageuse qui fait un grand numéro. Gabin est remarquable de sobriété dans son jeu. Il est tellement naturel dans son rôle de routier que l'on a l'impression qu'il l'est réellement. Beau film à voir mais sauf en période de déprime.