Concernant l'auteur, je n'ai pas aimé ses premiers livres.
Son dernier, "Dans la foule", m'avait paru poussif, presque racoleur dans la façon de mettre sa forme en avant avant de s'échouer sur un fond bien pauvre.
Passionné par l'histoire de la guerre d'Algérie, j'ai lu ce livre sans illusions d'un auteur qui m'est toujours apparu comme un peu surfait, épigone Faulknérien sans souffle pour lecteur de Télérama.
Et puis ce fut la claque. Celle, lourde, d'un grand livre que l'on referme avec la certitude que quelque chose s'est passé, le type même du livre qui vous emporte et ne vous repose pas au même endroit. Car comment oublier la figure de "Feu de bois", un personnage qui, le livre refermé, acquiert cette épaisseur particulière des grands personnages de roman qui vous hantent des années plus tard. Mauvignier ressuscite les morts, fait danser les ombres avec un talent rare, une perspicacité humble. Ce temps qui abroge les êtres, les fait se diluer dans un océan de mélancolie et de regret, il le restitue à merveille.
Et l'on voit tout ce qui sépare un copain de chambrée comme Tanguy Viel de Laurent Mauvignier : la puissance, l'absence totale d'ostentation à faire le malin, bref, le génie romanesque d'un auteur qui ne sacrifie jamais le sujet à la forme (en tout cas pour celui-là).
Je ne sais si Mauvignier aura le Goncourt, mais en tout cas, s'il l'obtient, il l'aura bien cherché.
Un livre admirable et digne.