J'ai découvert dans l'émission de Ruquier, interrogé par Zemmour, la surprenante analyse de Arnaud Montebourg, député depuis 14 ans, président du département de Saône et Loire depuis presque 3 ans, membre du Parti Socialiste. Arnaud Montebourg a voté NON au référendum sur le TCE; je l'ignorais n'ayant entendu que le vanitorgueilleux grand bourgeois Laurent Fabius, bien aimable mais trop tôt devenu premier ministre, rentier depuis de la politique.
Voici un homme politique qui défend les valeurs du capitalisme coopératif tel que moi aussi, dans ma vie professionnelle, je le promeus précisément dans la coopération agricole. J'invite le lecteur à découvrir cet univers qui réalise près de 90 milliards d'euro de chiffre d'affaires annuel, emploie plus de 150.000 personnes en France dans l'excellent ouvrage "
Les défis du capitalisme coopératif" écrit par le Georges Lewi, professeur à HEC et préfacé du très inspiré président de Coop de France, Philippe Mangin.
A la croisée du catholicisme social, du mutualisme (du socialisme non marxiste), le capitalisme coopératif inscrit son développement sur un territoire, dans la durée, dans le respect des relations humaines. Le capitalisme coopératif n'est pas qu'agricole, des entreprises comme "Chèque Déjeuner", "Alpha Taxi" en France sont des coopératives. L'esprit mutualiste, coopératif, anime également des banques (Crédit Coopératif, Crédit Mutuel, Crédit Agricole dans une moindre mesure - cotation en bourse et tropisme parisianiste ne font pas bon ménage avec les valeurs coopératives), des assurances (les mutuelles, Groupama).
La coopération est mondiale. Arnaud Montebourg cite de nombreux exemples. D'ailleurs l'ouvrage surprend le lecteur par les nombreuses références, recherches méconnues des media, une analyse fouillée, argumentée, pertinente. Il s'agit d'un modèle non pas à dupliquer partout, mais qui peut inspirer une nouvelle réflexion en profondeur du management, de la conduite des projets industriels, agricoles, sociaux pour la France.
Je ne compte plus les dizaines de "oui", "très bien" écrits à la marge des pages de cet ouvrage dense. Parfois, rarement, des références dérangent par leur superficialité (la Résistance, la faiblesse de la III° République avant guerre, 1905 quand sont oubliés les idéologues de la laïcité - les laïcistes - anti-religieux, défigurant l'esprit de la laïcité // leurs pendants chez les catholiques sont en revanche bien nommés) et l'agacement profond suscité : Aristide Briand (l'homme qui oeuvra tant pour la montée en puissance de la Germanie contre la France; ne l'oublions pas).
Chaque thème faisant l'objet d'un chapitre se termine par des propositions concrètes politiques majoritairement intelligentes, pertinentes, engageantes sur la nécessité de réindustrialiser la France, de protéger notre économie souvent avec les outils existants (ignorés par incompétence et servilité à l'idéologie libre-échangiste de nos élites politiques), de faire face à la dette de la Nation, de construire un projet pour l'Europe, d'insérer l'écologie dans le monde etc.
Je salue la très grande qualité du groupe de travail dirigé par Arnaud Montebourg, ayant reconnu dans un chapitre sur l'industrialisation, d'ailleurs, une des notes que j'avais rédigée pour Laurent Fabius, post-TCE.
Cependant le projet de création d'une VI° République ne m'agrée pas. Les fondements de la V° République, sapés par le radical Chirac (quinquennat voté le lendemain de l'anniversaire de l'Appel du 18 juin !) et dévoyés par l'autocrate Sarkozy, sont à expurger de leurs déviances. Pourquoi prendre le risque de tomber dans le parlementarisme ? Ce chapitre est le seul faible et hors sujet pour moi dans l'impeccable démonstration politique de Arnaud Montebourg.
Un homme et un projet à suivre - cependant sans rêverie béate de ma part.