Idées clés, par Business Digest
Les instruments et les observations de plus en plus précis ont pu faire croire aux scientifiques que la nature livrerait un jour tous ses secrets. Les sciences deviendraient exactes et permettraient de déterminer avec précision l'évolution des choses.
Deux systèmes réguliers couplés peuvent tout de même engendrer le chaos. La connaissance parfaite des lois physiques, la maîtrise des paramètres, tout comme l'absence d'évènements extérieurs hasardeux ne protègent pas de l'apparition de phénomènes imprévisibles. La découverte des propriétés du chaos met fin à l'ambition déterministe.
Le chaos est source de vie.
Il existe entre le désordre et l'ordre une frontière mince qui permet à la vie de se développer. D'un côté, il y a la régularité qui organise et coordonne les organes pour qu'ils puissent fonctionner ensemble. De l'autre, il y a le chaos qui offre à l'organisme la possibilité de s'adapter, de changer si le monde extérieur se transforme. Le chaos est source d'évolution.
Business Digest
Le premier constat est que l'environnement de l'entreprise devient de plus en plus chaotique à mesure que la globalisation de l'économie, les technologies de pointe et l'autonomisation des individus créent un univers de plus en plus turbulent et complexe. Depuis longtemps les entreprises et les États qui croyaient à la planification scientifique ont fait long feu. Face au challenge du management de son environnement chaotique externe l'entreprise doit répondre par l'intégration créative du chaos en interne.
La première idée stratégique qui s'impose est de donner plus de place au client, canal à travers lequel on peut sentir les courants et les ruptures futures. Faire des commerciaux et des responsables de services les héros de l'entreprise est une idée sur laquelle les entreprises les plus performantes se sont engagées avec détermination. Dans cet esprit, le commercial ne doit pas être un simple fournisseur de cash-flow mais une véritable source d'informations stratégiques. Le dirigeant et la direction marketing doivent passer plus de temps en contact avec le client pour une écoute approfondie et tous azimuts.
La deuxième idée est l'accélération des cycles d'innovation : investir dans des petits projets aux implications immédiates, encourager l'expérimentation dans tous les domaines, généraliser les réseaux de bouche-à-oreille, chérir les champions de l'innovation, développer un esprit d'impatience constructive, valoriser les échecs précoces, chiffrer les objectifs d'innovation. Fondamentalement, derrière l'innovation, il s'agit de transformer l'entreprise classique en entreprise apprenante et de bien maîtriser tous les outils du célèbre «Knowledge Management» (le management des connaissances).
La troisième idée touche au moteur essentiel de ce nouveau type d'entreprises : les hommes. Dans ce domaine, les pistes sont : l'implication de tout le monde dans tout, la création d'équipes autonomes en réseau, l'écoute, la célébration et la reconnaissance, l'investissement dans le recrutement en le considérant stratégiquement, la formation en permanence, l'octroi de primes à tous, la simplification des structures, la redéfinition du rôle des cadres moyens, l'élimination de la bureaucratie et des conditions de travail humiliantes.
La quatrième idée consiste à développer une véritable passion pour le changement en apprenant à vivre dans le paradoxe où se mêlent les logiques hétérogènes du passé du présent et du futur. L'élément fondateur est une vision inspiratrice suffisamment large pour intégrer le changement perpétuel. Dans ce contexte l'exemplarité est une nécessité qui permet de déléguer et d'instaurer un management horizontal qui évite la bureaucratie. Chaque acteur de l'entreprise est évalué sur sa vision du changement et sa capacité à créer un sentiment d'urgence.
Dans le chaos et l'accélération, la circulation de l'information devient vitale, l'intégrité et l'éthique ne sont plus des fonctions d'ordre moral mais relèvent plutôt d'une hygiène qui seule permet la survie de l'entreprise.
Il existe donc entre le désordre et l'ordre un fil du rasoir dont l'éthique est le chemin. Seule la conscience permet de distinguer le moment où la créativité doit prendre le pas sur la régularité. Sur ce chemin étroit s'avance le manager du futur qui fait du chaos une source de vie. -- Michel Saloff-Coste --