Sans s'être encore accordés la moindre pause, transportés par le succès spontané de leur album live et bien décidés à asseoir leur suprématie par la réalisation d'un nouveau disque, les Kiss entrent au Record Plant Studio de New York début 76. L'intention du groupe est claire, l'album doit être ambitieux et affirmer une fois pour toute autant le décor musical que l'imagerie liée aux personnages. Concept album oblige, c'est Bob Ezrin qui s'occupe de la production, tandis que Ken Kelly assure définitivement la mutation de nos quatre héros. Passé maître dans l'art de l'arrangement, Ezrin connaît toutes les ficelles et habille chaque composition d'attributs originaux ou dérangeants. Stimulé par de telles intentions, le rock'n'roll du Kiss se hisse en première classe expérimentale tout en continuant à nous faire croire aux sorcières par un design élaboré.
Pochette réussie, plus diversifié que ces prédécesseurs, Destroyer célèbre heavy et hard tout en sucrant son rock de miroirs aux alouettes. Disons-le tout de suite, si la surprise est de taille, le cadeau lui est capital pour toute une génération. Assumant sa variété en alliant la construction sans faille d'un Detroit Rock City au défrichement d'un Doom métal improbable avec God Of Thunder, l'album impose un niveau de créativité, de maturité inattendu. Détonant mélange où se font face refrains altiers et lignes de chants sombres, ce disque cultive originalité, comme une réelle maîtrise musicale pour un billet aller-retour au pays de l'imagination au pouvoir. Emportés par la fougue d'une basse impérieuse, fun et noirceur se font du coude sans jamais se jalouser. Quelle prouesse !
Evoluant à des années lumière des trois premiers albums, Destroyer n'oublie pas de se rappeler aux bons souvenirs de ce qui fait que l'on identifie immédiatement le Kiss de tout autre groupe. A savoir, l'efficacité d'une alternance de voix au sein d'un même morceau, le brio de subtils entrelacements de guitares glissant jusqu'au solo, sans oublier cette dose de superficialité venant confirmer, si besoin est, que ce qui nous est proposé au travers de cette aventure musicale est avant tout destiné à produire un show et lumière de tout premier ordre. Malgré quelques dissensions déjà apparues entre les membres du groupe, l'itinéraire de nos quatre super héros semble irrémédiablement tracé. Décisif, tout en assurant la promotion d'un heavy rock pluriel, Destroyer est un album indispensable.