Rarement j'ai au autant de plaisir à lire un texte sans le comprendre tout à fait ! Le vocabulaire de la marine à voile et ses expressions oubliées justifient d'ailleurs la présence d'un lexique à la fin du voume, avec illustrations à l'appui pour situer les différentes voiles et pièces de manoeuvre dont il est constamment question... mais le lecteur peut ne pas s'y reporter pour deux raisons : la première peut s'avouer sans honte, il existe de fait une poésie propre à ce langage, qui justifie à elle seule de laisser les évocations dans l'imprécision afin de ne pas rompre le charme par un recours laborieux au dictionnaire ; la deuxième raison tient au fait que le lecteur est littéralement happé par ce qui arrive au narrateur et séduit par la manière très élégante qu'il a trouvé de décrire les épreuves qu'il subit et l'extrême rudesse des conditions de vie à bord, sans chercher à se vanter ou se faire plaindre. C'est à la fois le récit d'une aventure singulière et la description d'un sort qui a été très banal, mais vécu par des hommes qui n'avaient pas la possibilité de l'écrire. Ce classique de la littérature américaine contient aussi de formidables descriptions de la Californie... de l'époque. Signalons enfin que la traduction est signée Simon Leys ! Les fidèles lecteurs de ses essais (sur la Chine, sur Orwell, sur la Mer etc..) trouveront ici la confirmation que cet écrivain (d'origine belge et qui vit en Australie) est un de nos plus précieux auteurs (non médiatique) de langue française.