Ames sensibles, ne (surtout) pas s'abstenir : Devdas sera sans doute une expérience aussi unique que peut l'être le cinéma façon Bollywood, qu'on en soit un habitué ou non.
Partout, sans cesse, à chaque minute, chaque plan, chaque mot : tourbillons, scintillements, bijoux, épices, volants de soie ondulant sous un léger souffle, couleurs, couleurs, couleurs encore, couleurs à l'infini, poésie surannée, chansons, soupirs, lumières et ombres, comme si l'on plongeait en apnée au coeur d'un immense kaléidoscope. Tout y est extrême, tout y est exagération, idéalisation : personnages, rythme, décors, sentiments, dialogues (théâtraux !), rien ne sonne juste, et pourtant, tout sonne Beau, un beau de clinquant, de conte, d'enchantement, de marché oriental, d'art nouveau, de volutes et d'intense, un beau à en être mal à l'aise, un beau à en être écoeuré, un beau à fondre littéralement tout en se laissant aller à rêver d'une vie qui s'en teinterait un peu.
L'expérience déroutera certains, voire les laissera de marbre, peut-être franchement moqueurs. Les autres, une fois les premières minutes derrière eux, une fois happée par l'étrangeté bigarrée de l'ensemble ne pourront qu'être conquis. Certes, les numéros chantés ont autant de quoi fasciner que de quoi agacer. Certes, l'histoire est à l'image de l'esthétique du film (c'est à dire totalement artificielle). Certes, aussi, le tout est d'une naïveté confondante, mais l'adjectif peut s'écrire là avec une majuscule toute neuve tant il y trouve ses lettres de noblesses.
Qu'on reste réfractaire à son charme ou qu'on s'y abime la tête la première au point de s'y noyer, on sera forcé de le reconnaitre : Devdas est une porte ouverte sur un nouveau monde. Ce qui, très certainement, est l'essence du Grand Cinéma.