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4 internautes sur 5 ont trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5
Roman de la maturité immature,
Par Jeff le frisé "Se ressourcer sous sa source" (Sion, Suisse) - Voir tous mes commentaires (TOP 1000 COMMENTATEURS)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le Diable au corps (Poche)
« Je vais encourir bien des reproches. Mais qu'y puis-je ? ». Tirée du célèbre incipit du « Diable au corps », cette première phrase est à l'image de ce qui va suivre. Elle contient l'ambivalence du narrateur, conscient de sa faute et incapable de se la reprocher vraiment.
Ecrit à la première personne, ce récit frappe par l'étonnante précocité du narrateur, brillant à l'école et séducteur avant l'âge, puisqu'il devient l'amant d'une jeune femme de 19 ans, Marthe, dont le mari participe à la guerre de 14-18. L'extrait cité plus haut met également en évidence l'omniprésence du pronom personnel « je », qui par moment peut être interprété de la sorte : je passe avant les autres (= première personne...) et je ne parviens pas à assumer ma singularité en société (= ... du singulier). Même lorsqu'il est avec Marthe, il ne parvient pas à dire « nous ». Ce qui surprend également, c'est que l'identité du narrateur n'est jamais mentionnée. C'est comme si celui-ci a conscience qu'il ne mérite pas encore d'inscrire son nom dans la société, soit par le côté illégal et immoral de sa relation, soit par son caractère très indécis. Le « je » est également très présent, car « Le diable au corps » est avant tout un roman d'introspection. Le premier amour que vit ce jeune homme le conduit à la découverte de ses sentiments profonds et à une analyse psychologique de lui-même et des autres protagonistes. Tout au long de leur folle histoire, les deux amoureux vivent des sentiments exaltés. Mais à l' « innocence » du début succède progressivement la douleur propre à toute relation passionnelle et irrationnelle. Consciente de la tournure inexorable prise par leur amour, Marthe murmure un soir alors qu'elle est épuisée et ballottée dans un train par son amant : « J'aime mieux être malheureuse avec toi qu'heureuse avec lui ». Cette déclaration traduit la modernité de ce roman. Aux mariages convenus et bourgeois de la Belle Epoque, l'auteur remplace un nouveau modèle de relation. Est-ce par hasard si celle-ci naît sur les ruines morales d'une Europe déchirée par la Grande guerre ? Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
3.0 étoiles sur 5
Récit d'un amour de sang-froid,
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le Diable au corps (Poche)
La célébrité de ce court roman, presque une nouvelle, ne peut s'expliquer seulement par la précocité de son auteur, sa mort tragique à vingt ans ou son soutien par Cocteau. Ses qualités proprement littéraires, certaines, restent insuffisantes pour l'instaurer en classique : bien que réécrit plusieurs fois avant publication, l'ouvrage laisse une sensation d'inachevé, notamment par ses trop nombreux chapitres de quelques paragraphes.Avant tout l'étude d'un coeur humain découvrant la sexualité et l'amour, Le diable au corps est tout à fait réussi sur ce point. Radiguet a beaucoup reprit d'une histoire personnelle ce qui permet à l'évolution des sentiments de sonner juste. L'analyse est omniprésente dans le récit, par exemple sous la forme d'aphorismes. Mais une telle étude reste un péché mignon de la littérature française et l'on peut par ex trouver un maître du genre dès le XVIIIème avec Crébillon fils. La force de ce roman provient sans doute davantage de son personnage principal éminemment antipathique. Cet adolescent surdoué mais égoïste et cynique, enfant-roi de parents aisés, qui cocufie en temps de guerre un soldat parti au front, cède à ses passions et calcule pour les assouvir sans que rien ni personne n'existe pour l'en empêcher. Famille, amis, voisins... font preuve envers lui d'autant d'impuissance que de passivité. Rien ne paraît consistant en dehors de notre héros, y compris son amante quasiment sans caractère, mais ce fait correspond parfaitement à une vision du monde résumée quelque part ainsi : "le bonheur est égoïste". Court roman où l'intelligence le dispute à l'immature, Le diable au corps vaut d'être lu pour cela. Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
6 internautes sur 9 ont trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5
le corps du diable,
Par fawnes (Paris France) - Voir tous mes commentaires
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le diable au corps (Broché)
Plusieurs choses bouleversent dans ce livre: la présence obsédante et douce des bords de Marne, la jeunesse des protagonistes, la sobriété extrême de l'éciture, si tendue, si économe d'effets, l'issue tragique qu'on sait... Pourtant, il y a plus: tout le roman se passe dans l'envers du décor. Une jeune femme trompe son mari mobilisé avec un garçon plus jeune encore, ce n'est pas une entorse aux lois de la guerre, c'est la guerre. Les relations entre les deux jeunes amants sont certes empreintes de culpabilité: elles sont surtout, dans leur discrétion inquiète, comme le négatif silencieux d'un horrible fracas d'armes. La tragédie se déroule selon un rythme implacable. C'et vraiment une tragédie, car il n'y a que des victimes.
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