Dans un dialogue farouche Machiavel (le sosie de Napoléon III pour Maurice Joly) attaque l'essentiel des idées de Montesquieu, pour qui le droit constitue la vérité fondamentale, puisqu'il est établi sur la morale, dont les préceptes sont imprimés dans la conscience de l'homme. Pour Montesquieu réunir tous les pouvoirs (législatif, exécutif et judiciaire) dans une main équivaut la pire des tyrannies.
Pour lui, les doctrines de Machiavel ne laissent aucune place ni à la morale, ni à la religion, ni au droit.
Machiavel est un adepte du droit du plus fort. Pour lui, la fin justifie les moyens. Il n'a aucune confiance dans la nature des hommes, en qui il ne voit que des animaux dévorants qu'il faut à tout prix museler par la force et la crainte.
Pour lui, la souveraineté du peuple engendre la démagogie, la démagogie engendre l'anarchie et l'anarchie ramène au despotisme.
Dans un discours cynique, Machiavel explique comment il faut régner dans cet univers de lutte de tous contre tous. Il faut détruire la force des groupes, paralyser l'initiative individuelle, museler la presse, affaiblir l'esprit public (la puissance de l'opinion), semer l'incertitude et la confusion, faire de l'Etat un colossal organisme de tyrannie tentaculaire, déguiser les véritables desseins, tenir des propos démagogiques, créer des dissensions, interdire les associations secrètes, tourner le corps des enseignants en serviteurs du pouvoir en place, provoquer des schismes (contre la religion) et simuler des complots et des conspirations. Le `prince' doit être le chef de l'armée et se rendre à tout point de vue indispensable.
Quant à la bourgeoisie, il faut la stimuler avec `le culte de l'or' (des jouissances matérielles), car elle rampe devant la force et craint un despote audacieux.
Un texte fort qui n'a rien perdu de son actualité.
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