Nul dictionnaire ne saurait être parfait et la somme d'informations contenues dans celui-ci est considérable. La note moyenne que nous lui accordons est peut-être sévère, mais elle résulte du fait que l'image donnée du Moyen-Age est partiale et anachronique.
Partiale, car le gros de l'effort porte sur la philosophie et la littérature. Si l'Histoire n'est pas trop négligée, les arts plastiques sont traités de manière plutôt sommaire, tandis que la musique est réduite à une portion aussi congrue qu'incongrue. Les auteurs théologiques sont surtout mis en valeur en proportion de leur importance philosophique, ce qui traduit déjà les préoccupations contemporaines des auteurs et nous conduit au deuxième point.
Anachronique, car le Moyen-Age est moins déchiffré pour lui-même qu'en fonction de notre époque. Cette vision extérieure se traduit par exemple par une particulière mise en valeur des supposés dissidents, comme Abélard, ou hérésiarques comme Bérenger de Tours. En revanche, et pour ne citer que ce cas, Guigues 1er de Chartreuse ne bénéficie pas d'un article isolé et, si on le rencontre au détour d'une page, c'est principalement pour évoquer son rôle d'organisateur de l'Ordre cartusien (ses 'Coutumes de Chartreuse' sont citées dans la bibliographie), sans aucune allusion à son autre chef d'oeuvre, les 'Méditations', pourtant publiées dans la collection 'Sources Chrétiennes' et qui font excellente figure dans la lignée des pensées de Marc Aurèle. Certains auteurs, au diapason du manque d'intérêt théologique de l'ouvrage, se sont d'ailleurs adonnés au service minimum: c'est ainsi que l'article sur Rupert de Deutz plagie allègrement la présentation de cet auteur par J. Gribomont en tête du tome 1 des 'Oeuvres du Saint-Esprit' dans la collection 'Sources Chrétiennes'. Mais le comble du goût du jour est atteint par un énorme article sur l''Environnement', un mot dont l'auteur est bien obligé d'avouer d'emblée qu'il n'avait pas au Moyen-Age le même sens qu'aujourd'hui.
Nul doute que ce dictionnaire sera chaudement recommandé aux étudiants médiévistes par notre système éducatif dont la priorité est de retrouver dans l'Histoire des points sur lesquels appuyer son idéologie.
Si vous préférez accéder à une connaissance plus intime de l'époque traitée, le 'Dictionnaire Encyclopédique du Moyen-Age' en deux volumes paru aux éditions du Cerf (avec versions anglaise et italienne en partenariat) fera mieux l'affaire.