Tristesse, affliction, désarroi… les termes ne manquent pas pour décrire l’impression qu’on a en ressortant du 5ème opus de la franchise Die Hard. Après trois volets magnifiques dans les années 88-95, le concept avait plutôt bien réussi à franchir le double obstacle de rester valable 20 ans plus tard avec un acteur 20 ans plus âgé. Oui, le 4ème Die Hard (2007) était bon grâce au savoir-faire de Len Wiseman, malgré quelques scènes vraiment « trop » (la poursuite avec l’avion sur la rocade, quand même…). On avait donc l’espoir tout à fait raisonnable qu’un cinquième volet eût pu tenir la distance. Mais quand on confie un poids lourd comme Die hard à un tâcheron, ça finit logiquement dans le fossé. Voire dans la fosse à purin.
Car il n’y a pas grand chose à sauver dans ce déchet. La réalisation, tout d’abord, est affreuse. Dès le début du film, on est frappé par une caméra tremblotante et zoomesque qui n’a aucun intérêt, et qui, surtout, alterne avec des plans beaucoup plus fixes ou fluides : le réalisateur ne sait même pas quoi choisir comme point de vue, ni comme style. N’est pas Paul Greengrass (Bloody Sunday, United 93, Bourne 2 et 3) qui veut. Ensuite, ses choix de plans rendent incompréhensible l’action : on ne sait jamais quel personnage est où ni ce qu’il y fait vraiment. Les scènes d’action deviennent impossibles à suivre et donc parfaitement inintéressantes. La musique de Marco Beltrami s’annonçait prometteuse au générique, mais devient tristement conventionnelle par la suite. Echec sur la forme, donc.
Passons au synopsis. Le seul pitch de départ était risqué : transférer John McClane, le « flic ordinaire plongé dans des périls extraordinaires » en Russie était une idée bizarre, mais bon, après tout pourquoi pas. Quand, en plus, on apprend qu’il y va pour assister au procès de son fils, espion de la CIA, on commence à craindre le pire. Et puis, finalement, quand on réalise que le véritable héros du film est en fait le fils, et que McClane ne sert plus à rien, alors on pleure. Faire de McClane l’assistant d’un mauvais James Bond (même le personnage de XXX, version Vin Diesel, était meilleur, c’est dire), c’est trahir complètement le concept de la franchise. On assiste, les yeux imbibés, au même type de naufrage qu’Indiana Jones 4.
Regardons ensuite le scénario. Le script a la mauvaise bonne idée se trimbaler ses personnages de Moscou (tristement filmée sans rien mettre en valeur – à comparer avec la brillante séquence d’ouverture de Die Hard 3 ; mais n’est pas non plus John McTiernan qui veut) à Tchernobyl.
Si.
Allez, tant qu’à faire, puisqu’ils sont en Russie, autant y aller sans le dos de la cuiller. Ah ? on me dit dans l’oreillette que Tchernobyl est en Ukraine ? Mais ça n’a pas eu l’air de trop déranger le scénariste (en voilà un qui devrait se reconvertir dans le dressage de chimpanzés, tant il écrit avec ses pieds). Donc voici nos héros qui arrivent comme des fleurs en centre-ville de Pripiat, ville-fantôme en pleine zone interdite radioactive. Mais comme des gars qui se bastonnent en combinaison antiradiations c’était pas trop sexy à filmer, on va tout simplement faire comme s’ils n’en avaient pas du tout besoin. Ou comment éviscérer violemment la suspension d’incrédulité. Ils nous prennent vraiment pour des trépanés, ou quoi ?
En plus de cela, les personnages ne sont même plus monodimensionnels : aucune personnalité, aucune motivation, aucune histoire ; en fait, ils n’ont carrément aucune substance. Pour ne pas nous nous laisser en reste, on a eu la bonne idée de leur donner des dialogues dignes d’une pub pour lessive, quand ils ne sont pas complètement abrutis. Jugez plutôt cette perle d’un (par ailleurs insupportable) monologue d’un (insignifiant) grand méchant : « J’aurais voulu être danseur. Mais tueur est un bien meilleur job qu’employé dans une épicerie. » WTF ???
Enfin, le podo-scénariste a tellement multiplié les hommages internes à la série (l’hélicoptère qui se viande à la fin, la mort du méchant façon Hans Gruber –snif–, etc) qu’on se demande si ce on ne regarde pas plutôt une parodie télévisée, l’humour en moins. Ce film dure une grosse heure et demie (générique inclus), mais il en paraît durer le triple. L’image saute plus qu’un épileptique en crise et pourtant on parvient à s’ennuyer ferme, tant l’intérêt des personnages et de leurs motivations est nul, et les incohérences qui tachent nous éclaboussent.
Afin que le ratage soit complet, le personnage principal (le fils McClane, donc) est joué par Jai Courtney, sorte de croisement entre un sous-Hulk Hogan (pour les muscles) et une coquille Saint-Jacques (pour le charisme). Malheureusement, les interprètes des différents méchants du film sont à l’avenant. Dans les épisodes précédents, nous avions eu droit à de puissants bad guys incarnés par des Alan Rickman, William Sadler, Jeremy Irons ou Timothy Olyphant. Dans la présente daube, aucune pointure n’a dû vouloir associer son nom à un script aussi mauvais (comme on les comprend), ce qui ne nous laisse que des acteurs de série B- (voir C+) pour réciter des lignes aussi palpitantes que la composition d’un ketchup de supermarché. Il reste Bruce Willis. Mais son personnage n’a tellement rien à faire ni à raconter (même pas une bonne vanne cinglante à balancer, comme son personnage savait si bien le faire), que l’acteur ne peut rien sauver du tout.
Pour éviter de polluer votre ordinateur, n'achetez pas, même en téléchargement, ce résidu de chaussette trouée. Lisez Marie-Claire, apprenez à jouer au bridge, lisez les horaires des TER pour Vierzon, faites ce que vous voulez du moment que vous fuyez cette bouse.