L'Art de la Fugue, œuvre magique et sublime, peut toujours surprendre grâce à des artistes novateurs. Depuis les travaux de Gustav Leonhardt, il est connu que cette partition de musique pure était dédiée au clavier. Pourtant, nombre de musicologues, musiciens ou chefs d'orchestre ont cherché à transcrire ces fugues et canons pour diverses formations instrumentales. Je reste toujours très ému à l'écoute des recherches métaphysiques de Hermann Scherchen : Transcription de
Vuataz à Beromünster, de lui-même à Vienne ou à
Lugano.
Bien entendu, le clavier a été magistralement servi, par
Leonhardt au clavecin et
André Isoir à l'orgue par exemple. Les ensembles baroqueux sont également très présents, notamment avec la gravure de Reinhard Goebel avec son
Musica Antiqua Köln.
Si on considère cette liste non limitative, pouvait-on attendre une réussite marquante de ce nouvel enregistrement.
Stefan Mai, violoniste, Xenia Löffer, hautboïste et Raphael Allpermann, organiste et claveciniste, nous proposent une nouvelle approche innovante et lumineuse. L'idée repose sur le jeu par groupe d'instruments solistes, à tour de rôle, complices d'un ensemble plus vaste : l'Akademie für Alte Musik de Berlin, une vingtaine de musiciens qui a déjà de très belles gravures à son actif.
La partition posthume ayant été léguée dans un désordre total, chaque interprète choisissant un ordre personnel, il serait vain voire ennuyeux d'énumérer les options retenues pour chaque contrepoint. Parfois monotone quand peu inspirée, la présente interprétation retient une alternance très variée dans son déroulement : orgue ou clavecin, violon et cordes ou Hautbois-basson assurent cette alternance. Ainsi dans les fugues 12 et 13 et leurs miroirs, le jeu suivant nous est proposé :
Contrepoint 12a : cordes ; 12b : clavecin, 13a : 2 Hautbois et basson ; 13b : violon, alto et violoncelle.
Au-delà du solfège, de la forme et des notes, il y a la musique. Le jeu de tous les instrumentistes est très fluide et, étant un plus introverti que Goebel, il gagne en spiritualité, ce qui chez Bach n'est jamais hors de propos. Ponctué par les interventions de l'orgue et du clavecin, le discours musical apparaît comme un livre dont on tourne les pages, où chaque page montre une enluminure musicale inattendue. C'est, une fois de plus, une œuvre d'une beauté surnaturelle.
Même si elle ne remet aucunement en cause la belle discographie ébauchée en introduction, nous sommes face à une recréation colorée qui vient la compléter avec bonheur.
Je recommande ce disque, y compris pour une découverte de l'Art de la Fugue.