5.0 étoiles sur 5
Un opéra terrifiant, dans une interprétation exceptionnelle, 23 avril 2012
Ce commentaire fait référence à cette édition : Die Soldaten (DVD)
Die Soldaten marque l'apogée de l'opéra expressionniste allemand, commencé par Alban Berg et son Wozzeck, dont le sujet était étonnamment proche.
Il s'agit ici du traitement réservé aux femmes dans une ville de garnison. Marie, promise à Stolzius épousera Desportes qui l'abandonnera. Elle finira à la rue, exposée au mépris de tous, alors que Stolzius empoisonne Desportes et se suicide.
Au delà de l'argument, l'opéra vaut pour sa démonstration du mépris : mépris de classe entre le baron Desportes et le drapier Stolzius, mépris idéologique entre les soldats et le prêtre, mépris de vertu entre Marie et sa s½ur. Mépris des genres, surtout : selon les soldats, les catins restent des catins. Mais naissent-elles ainsi ?
Pour illustrer ce drame social, Zimmermann recourt à un langage sériel saturé de dissonances, au-delà de l'expressionnisme de Berg ou Schönberg ; mais aussi à des emprunts, au jazz ou à Bach, comme pour rapprocher, par moments, l'horreur de la scène à la réalité. Il complexifie la narration, tuilant les scènes, voire les superposant, perturbant la chronologie.
Au disque, cela paraissait confus, purement intellectuel. A la scène, tout devient évident : la musique colle à la narration, créé des atmosphères inouïes, tour à tour oniriques, inquiétantes voire agressives.
La mise en scène de Harry Kupfer rend parfaitement compte de l'½uvre, collant parfaitement à la musique et au morcellement narratif. La scène d'ouverture est impressionnante : alors que l'orchestre hurle un total chromatique traversé par un battement métronomique, les personnages sur scène soubresautent de plus en plus fort, entre marche militaire et crise d'épilepsie, puis retournent dans l'immobilisme. Des pantins désarticulés, suivant le battement d'une lampe - balancier.
Rien à dire musicalement : chaque chanteur habite pleinement son rôle et le chante à la perfection (ce qui devrait être notifié dans le Guiness Book...). L'orchestre de l'opéra de Stuttgart, sous la direction de Bernhard Kontarsky, rend justice à une partition d'une complexité rare.
Un opéra intimidant à plus d'un sens, mais qu'il faut connaître à tout prix, par le DVD de préférence. En espérant une captation de la production salzbourgeoise de cet été.
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