Ce livre est d'un grand intérêt pour tous ceux qui cherchent à savoir comment Dieu a été pensé à travers l'histoire, depuis que les Grecs ont réussi à créer le pôle théo-logique de la métaphysique et déterminer un site pour ce qu'on nommera plus tard « Dieu ».
Le Dieu de Descartes,de Spinoza, de Leibniz, de Hegel, qui est d'ailleurs celui de la métaphysique est pensé
« sous la figure seulement de l'efficience, de la cause et du fondement. Pareille appréhension ne peut revendiquer une légitimité qu'à condition de reconnaître aussi bien sa limite ». Cette limite, Heidegger l'a dégagée très précisément : « Ce Dieu, l'homme ne peut ni le prier, ni lui sacrifier, il ne peut, devant la causa sui, ni tomber à genoux plein de crainte, ni jouer des instruments, chanter et danser. »
La causa sui dit si peu du « Dieu divin » que l'assimiler à celui-ci, même dans l'intention apologétique de fournir une prétendue preuve, revient à énoncer une grossièreté, voire un blasphème : « Un Dieu, qui doit d'abord laisser démontrer son existence, est finalement un Dieu fort peu divin, et la démonstration débouche sur ce qui est au plus haut point un blasphème ».
« Au contraire, `les religions', ou, pour rester précis, la religion chrétienne ne pense pas Dieu à partir de la causa sui, parce qu'elle ne le pense pas à partir de la cause, ni à l'intérieur de l'espace théorique défini par la métaphysique, ni même à partir du concept, mais bien à partir de Dieu seul, pris en tant qu'il inaugure de lui-même, la connaissance où il se livre - se révèle. Bossuet parle d'or, sous la trivialité non élaborée du propos, qui marque que « notre Dieu [...] est infiniment au-dessus de la Cause première et de ce premier moteur que les philosophes ont connu sans toutefois l'adorer ».
Pour atteindre à une pensée non idolâtrique de Dieu, qui libère seul `Dieu' de ses guillemets en dégageant son appréhension des conditions posées par l'onto-théo-logie, il faudrait donc parvenir à penser Dieu en dehors de la métaphysique pour autant que celle-ci conduit, par le blasphème (la preuve), immanquablement au crépuscule des idoles (athéisme conceptuel). »