Ah Van Halen... drôle d'équation, aux multiples variables. Face à un tel album, un tel retour, le c½ur et la raison s'affrontent. Violemment. La raison dit : ils ne reviennent dans cette formation que parce qu'ils n'avaient pas d'autre choix. La façon dont Michael Anthony n'a pas été reconduit est douteuse, voire dégueulasse. Dave n'a plus l'âge de ses pirouettes vocales et gestuelles. En fait de nouvel album, il s'agit pour l'essentiel de vieilles idées ou de vieilles démos retravaillées, ils n'ont quasiment rien écrit de nouveau ensemble. D'ailleurs sont-ils vraiment ensemble ? Un management pour la famille VH, un pour David Lee Roth, des titres signés Van Halen/ Roth, et non plus des quatre membres du groupe comme à la grande époque. N'en jetez plus.
Le c½ur accuse le coup, et s'épanche. Quand même... après la fausse joie de 1996, après ces retrouvailles avortées, après l'échec de Van Halen III (un album pourtant pas inintéressant), après le comeback pitoyable avec Sammy Hagar en 2004 (à cause d'un guitariste alors en piteux état), ça fait drôlement plaisir de revoir Dave et Eddie côte à côte. Le swing et la vista. Et le fun. Le vrai Van Halen quoi ! Celui que je suis depuis 1978, depuis le commencement... Avec en sus le petit Wolfie pour donner un vrai coup de jeune. C'est quoi le problème ?
Seule l'écoute peut répondre à cette question. L'écoute est sans appel, sans complaisance. L'écoute connaît bien les reliques qui ont servi de base à ce "nouvel" album, pourtant elle les reconnaît à peine. Oui, ce choix du « neuf avec du vieux » reste curieux, mais ce qui saute aux oreilles, c'est qu'entre les produits finis et leurs ancêtres il y a un monde. Sans compter que le nombre de musiciens qui, sur cette planète, entassent les idées au fil du temps, et les ressortent au moment jugé opportun, ce nombre-là est infini. Au final prenez par exemple Tattoo. Si vous possédez le bootleg où figure son aïeul Down In Flames, enregistré en son audience, la grille d'accord vous dira quelque chose. Mais pour le reste, mélodies vocales, lyrics, pont, refrain, solo, tout est nouveau. Et c'est bien du bon, du vrai Van Halen. C'est groove, classe, malin, et encore ce n'est que le début. Une entrée pépère dans un album qui ne l'est pas du tout.
She's The Woman met les choses au point, tout comme Bullethead, Outta Space, Big River et Beats Workin', autant de titres implacables qui auraient pu figurer sur un hypothétique Van Halen III, comme une rupture du continuum espace-temps, avant Women And Children First. Dans ce registre, Eddie Van Halen retrouve la forme (enfin!) et ses doigts de vingt ans, une fluidité et un à-propos très bien mis en valeur par la production de John Shanks et le mix de Ross Hogarth. Pour autant, l'écoute repense avec un brin de nostalgie au travail d'orfèvre de Ted Templeman et de Donn Landee, à ces dynamiques ahurissantes, qui permettent encore aujourd'hui aux six premiers Van Halen de "sonner", à ce rendu authentique, aujourd'hui sacrifié sur l'autel du Pro Tools et des joujoux numériques. C'est là le seul talon d'Achille de A Different Kind Of Truth. Car à l'évidence, malgré l'absence de l'irremplaçable Michael Anthony, Van Halen est en feu. Blood And Fire, c'est la pop jouissive de Diver Down et toute la gouaille de Diamond Dave, Chinatown c'est la course-poursuite, pied au plancher, avec les Triades aux fesses, Honeybabysweetiedoll c'est une virée heavy à coup de sustainer, Stay Frosty c'est le boogie du sage, The Trouble With Never, c'est du Crosstown Traffic à l'EPO, et puis il y a As Is. Un tour de Space Mountain. D'abord on monte, on se met en mouvement, lentement, lourdement, puis c'est la descente à mach 2, des idées dans tous les sens, du grand Van Halen !
Avant de découvrir cet album aussi improbable qu'inespéré, l'écoute donnait pourtant plus de crédit à la raison qu'au c½ur. Et elle a bien tiqué çà et là, sur une voix forcément moins élastique que la dernière fois... il y a 28 ans, et sur ce son résolument moderne, résolument digital. Néanmoins, elle s'incline et à l'image de David Lee Roth dans les notes du livret, dit : Thanks for the dream...