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Dimitri Shostakovich: Symphonies 1 à 15. Orchestral works [Coffret, Import]

Shostakovich , Gennadi Rozhdestvensky , Orchestre Ministère Culture URSS CD
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Détails sur le produit

  • Orchestre: Orchestre Ministère Culture URSS
  • Chef d'orchestre: Gennadi Rozhdestvensky
  • Compositeur: Shostakovich
  • CD (6 juin 2000)
  • Nombre de disques: 14
  • Format : Coffret, Import
  • Label: Melodiya
  • ASIN : B00004TCPW
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Par Nicolas Mesnier-Nature "NMN" TOP 500 COMMENTATEURS
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Enregistré dans de bonnes conditions techniques durant les années 80, le cycle des symphonies de Chostakovich par Guennadi Rozhdestvenski est un des sommets incontournables dédiés à ces oeuvres essentielles du XXè siècle musical. Ami du compositeur, son importance dans la (re)découverte de certaines de ses compositions n'est plus à démontrer (première représentation du Nez à Moscou en 1974, premières discographiques - dont les ballets l'Age d'or, le Boulon et le Clair ruisseau, l'opérette Moscou-Cheremushki, etc.) Ici, avec "son" orchestre de l'Orchestre du Ministère de la Culture de l'URSS créé pour lui en 1982 et à la formation idéale, fidèle à son esprit débonnaire teinté d'humour et d'ironie débordant d'une formidable énergie, le chef russe est "chez lui".

La symphonie 1 tout en contrastes, passant sans complexe du fortissimo le plus éclatant au pianissimo le plus doux, devient un jeu de solistes étourdissant (mouvements I et II); le III, prémice de ce que seront les futurs mouvements lents, nage dans le pessimisme absolu avec ses solos esseulés flottant sur un accompagnement lugubre des cordes; le Finale est fracassant de cuivres et de percussions.
La symphonie 6, "sans tête", forcera notre attention à une écoute en quasi apnée durant la dernière moitié du I: on retient sa respiration sur des solistes faisant entendre leur frêle voix dans une atmosphère de
totale désolation ; l'ironie des II et III évite avec bonheur la vulgarité.
La symphonie 5 évite quant à elle de tomber dans le sentimentalisme de bien des version occidentales : ici, les phrasés sont secs, les phrases courtes et hocquetantes, le chant serré, la terreur garantie à 9'20 avec l'entrée des cuivres et des timbales; l'Allegretto est diabolique et le Largo d'une infinie tristesse; le Finale est d'un optimisme dans les premières et dernières mesures, qui évite à mon sens l'ambiguïté que l'on peut donner au dernier accord fortissimo des cuivres.
La symphonie 9 est pour Rozhdestvenski "l'une des oeuvres les plus importantes de la musique russe" : quoiqu'on en pense, le style de cette composition convient idéalement à la patte du chef, mais, avec un Largo intense au tempo particulièrement lent, il lui donne une couleur globale plus pessimiste que d'habitude.

Ce volume consacré aux symphonies 2, 3 et 4 sera le plus difficile de la série : hormis la suite Hamlet (à ne pas confondre avec la musique éponyme faite pour le film de Kosinzev en 1963), petit bijou d'orchestration et l'ouverture op.23 stylistiquement dans le style de son opéra le Nez et où excelle le chef russe, les 3 symphonies s'adressent à un public averti.
La n°2 "dédiée à Octobre" est la plus courte (~20 mn) et reste la plus moderne de toutes : le grouillement sonore du début (4') est stupéfiant, la suite rappelle par moment les superpositions de Ives; 7 minutes avant la fin, des choeurs font leur entrée, apaisant le climat mais faisant à mon avis un peu trop contraste avec le décor jusqu'à présent futuriste.
La n°3, sous-titrée "Premier mai" est la plus creuse de toutes(avec la 12), et il faut bien avouer que les quelques 30 mn s'achevant à nouveau par un choeur à la toute fin ne sont jamais arrivées à me convaincre.
Par contre, chef-d'oeuvre, la n°4 nous transporte dans un tout autre monde : les deux mouvements extrêmes de 28' encadrent un "moment-détente" de 10. L'orchestre est gigantesque, l'écriture très élaborée, le message complexe. Rozhdestvenski, qui en a dirigé la première à l'étranger, est magistral (écoutez par exemple ses fffff apocalyptiques!) quoique un "chouïa" en dessous de son créateur en Russie, Kondrachine.

Ce double album majeur des symphonies 7 et 8 est un must : les grandes fresques sonores des deux symphonies "de guerre" dominent encore une fois la discographie et supportent la comparaison non seulement avec les versions occidentales mais aussi avec les versions russes, Mravinski et Kondrachine en tête.
Symphonie 7 : le crescendo dantesque mené à la manière d'un rouleau compresseur mais subtilement contrepointé par Rozhdestvenski restera dans les mémoires (de 5'50 à 17'45 !); le chef ne lâche pas la tension et pousse la péroraison jusqu'à 20' dans un formidable état de tension extérieure. Le II laissera la place à une tension cette fois intérieure - écoutez par exemple les vibratos de flûtes de 7'32 à 9'05 donnant l'impression d'un tremblement de peur; la machine orchestrale tournera à plein régime dans le Finale après la "pause" de l'Adagio. Le chef prend son temps et la péroraison finale ressemble plus à une pesante fatalité qu'à une glorification quelconque.
La 8è, partition majeure peut à la première écoute sembler molle, un peu "tranquille" dans certaines attaques (les toutes premières notes aux cordes par exemple à comparer avec la dense nervosité d'un Sanderling ou la fougue révoltée de Kondrachine) et dans certains tempi (l'Allegro non troppo n'a rien d'urgent, mais Rozhdestvenski respecte scrupuleusement il est vrai le "non troppo"), donnant à l'ensemble une couleur tout à fait particulière, bien dans la lignée "noire" de Mravinski.
Le complément propose les chansons-polémiques écrites pour la pièce de théâtre du Roi Lear en 1940, parfois très courtes, avec le grand Nesterenko; dommage qu'on n'ait pas l'intégralité des textes...

Une des plus enregistrées avec la cinquième, la 10è par Rozhdestvenski mérite qu'on s'y arrête : il est en effet un des rares - peut-être le seul ? - à prendre le contre-pied des versions ultra pessimistes ou néo-classiques rattachées à cette oeuvre. Non pas que le I manque de tension, mais on y sent autre chose qui tendra à se confirmer au fur et à mesure du déroulement musical. Ainsi, dans le II, la sauvagerie brutale qui y est d'habitude attachée reste ici tempérée, le III ne cache pas son côté débonnaire, sans urgence ni angoisse (solo de basson), sans attente morbide. La signature personnelle du compositeur au cor (DSCH) en perd même de son mystère par son évidence ; le thème à 8'00 en fanfare a une allure de pesante valse paysanne ; le staccato de la flûte finale ressemble à de discrets hoquets de rire plus qu'à des soubresauts sanglotants. La partie rapide du Finale est le terrain idéal pour enfin dire clairement ce qu'on a pressenti tout bas depuis le commencement : une folle bacchanale, une fête « post-petrouchkienne » très colorée. J'aurais tendance à y voir la réjouissance intérieure de Chostakovitch exultant secrètement de la mort toute proche de Staline...
La 11è symphonie est une des meilleures réussite de Chostakovich dans le domaine « descriptif » : Rozhdestvenski la joue complètement, dans des tempi parfois très larges, et fait tourner à fond la machine orchestrale. La partie bien connue du II décrivant l'attaque du peuple à la mitraillette par les troupes du tsar (de 13' à 18') pourra surprendre par son extrême lenteur, surtout dans sa seconde partie, alors que l'on attend au contraire une urgence par la fuite panique devant le massacre. Mais le chef russe nous a déjà habitué à pareilles remises en cause...

Ce double album est à mon goût un des plus faibles de la série. Je ne chipoterai pas longtemps sur la symphonie 12, une des plus faibles partition de Chostakovich, traînant en longueur - et les tempi du chef n'arrangent rien - d'où les conflits musicaux, le sens de la parodie et de l'autodérision, du sarcasme, de l'ironie grinçante sont totalement absents pour notre plus grand ennui.
La symphonie 13 au contraire est une partition majeure, très riche dans le contenu musical et poétique. Cependant, comparé à Kondrachine, les tempi sont extrêmement lents, finissant par donner une impression de sur-place assez pesante (que l'on n'éprouve pas avec Haitink ou Jarvi aux tempi pourtant quasiment identiques) finissant par engluer le discours et en faire perdre sa continuité. Le soliste est aussi un peu « mou » (vibrato) mais ne manque pas d'émotion (III). Enfin, la prise de son privilégie les choeurs, trop mis en avant et parfois assourdissants par rapport à l'orchestre.
Le concerto pour violoncelle n°1 n'a pas la puissance du second, mais cette partition convient bien au chef et au soliste, tous deux excellents dans l'engagement : bien ironique, bien grinçant, sans étalement de virtuosité ; on y croit sans problème.
Les 8 préludes sont une sélection en forme de suite orchestrée par Milko Kelemen des 24 préludes pour piano qui tend à prouver une fois de plus (dixit les quatuors par Barshaï) la dimension naturellement symphonique des compositions pour instruments de Chostakovich. Lire la suite ›
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3 internautes sur 4 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Une somme symphonique 9 janvier 2011
Mravinsky n'ayant pas complété d'intégrale, seule la version Kondrachine peut rivaliser avec cet ensemble. Chez Rozhdestvensky, la prise de son et les timbres sont plus opulents. Une vision aux sonorités moins âpres, mais la conception est tout aussi noire, mêlant le grandiose et le grotesque, l'ironie à fleur de peau et le grandiloquent vulgaire. Le chef a d'indiscutables affinités, une vision idiomatique donc, plus confortable d'un point de vue sonore que les grands frères russes, mais tout aussi dérangeante et perturbante.
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