DINO CIANI
UNE INTERPRETATION HISTORIQUE
« Ce coffret de 9 CD propose l'intégralité des trente-deux sonates pour piano de Beethoven que Ciani interpréta à l'occasion de huit concerts donnés à l'Union Musicale de Turin entre le 4 octobre et le 29 novembre 1970.
Il s'agit d'enregistrements monophoniques effectués avec un magnétophone portable Uher placé dans la salle dont l'acoustique était loin d'être optimale.
Ces précisions s'imposent pour que soient claires les limites de la qualité de ces enregistrements que l'on a d'autre part tenté d'améliorer en recourant aux techniques de reconstitution sonore les plus modernes. »
Voici le texte du livret qui présente cette intégrale.
Qu'en est-il alors sur un plan strictement sonore? Nous écoutons un piano terriblement réverbéré comme dans un hall de gare, aux sonorités parfois métalliques ou les tutti saturent légèrement mais qui restitue malgré ce handicap la richesse de l'interprétation de Dino Ciani.
Qu'en est-il alors musicalement ?
Alfred Cortot disait de lui : « un des plus rares talents qui ait jamais existé »
Je ne suis pas loin de penser que, comme l'avance le titre du dernier album édité « The Genius of Dino Ciani ». Cet homme malgré ou à cause de son jeune âge a touché les cimes les plus élevés de l'interprétation beethovénienne. Là où l'air est si rare que seuls les très grands s'y retrouvent : Arrau, Gilels, Brendel, Barenboïm dans son dernier témoignage ne DVD...
Il harmonise avec une facilité confondante des passages d'une force quasiment tellurique avec des moments d'une tendresse méditative qui plonge l'auditeur dans un état touchant presque à l'hypnose. Moments qui vous tirent des larmes à chaque écoute.
Je ne peux dans cette chronique passer toutes les sonates en revue mais simplement mettre l'accent sur quelques joyaux absolument uniques :
La 3ème avec un adagio hors du temps.
La 7ème et son fabuleux Largo et mesto.
La « Pathétique » construite d'un seul souffle.
Ah oui ! J'oubliais de mettre en avant l'urgence et le sens de l'architecture de chaque sonate.
Une 15ème Pastorale d'une rare poésie, malheureusement accompagnée par quelques borborygmes catarrhaux.
Le public turinois n'étant en général pas d'une discrétion digne des merveilles distillées par le pianiste.
« The Tempest » N° 17qui alterne énergie et passages en apesanteur.
La 23ème « Appassionata »pleine de mystère et de fureur dans l'allegro assai, un andante qui coule léger, léger et un final foudroyant.
Une « Waldstein » N°21 avec un molto adagio où l'on retient son souffle qui lance un rondo final d'une incroyable poésie.
Arrive la « Hammerklavier » déception ! Non pas que le pianiste soit moins inspiré mais l'enregistrement est inaudible. Quel dommage!
Enfin une oreille sur l'opus 111 petite déception ; je ne retrouve pas, surtout dans l'Arieta, la poésie presque métaphysique que Dino Ciani nous donnait dans d'autres sonates. Dans cette ultime opus décidément Arrau est inapprochable.
Si vous arrivez à surmonter le terrible handicap d'un enregistrement plus que précaire, où à certains moments on devine le pianiste plus qu'on l'écoute,cette interprétation vous apportera le bonheur que l'on peut ressentir à l'écoute de la Beauté !
Dino Ciani était la Musique.